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Au cœur de l'entreprise

Desforges ADEDIHA, Directeur Exécutif du réseau IPPRB- International Protocol and Public Relations Board

"Mieux faire connaître ces métiers de l’ombre"

Desforges Adediha est le Directeur Exécutif du réseau IPPRB, un réseau de professionnels du protocole et des relations publiques. En seulement 03 ans d’existence, ce réseau a réussi à se déployer à travers plusieurs pays africains dont le Gabon, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Bénin, le Niger, la République du Congo… Desforges Adediha présente ici cet ambitieux projet qui milite fortement pour la valorisation de métiers restés en marge des circuits classiques de formation en Afrique.

RH Mag : Présentez-nous le réseau IPPRB, M. le Directeur…

Desforges Adediha : IPPRB est un réseau qui a été mis en place en avril 2015, à la suite d’une session de formation organisée par le cabinet Desforges Consulting International. Les délégations venues de différents pays pour suivre la formation ont senti le besoin de continuer d’échanger entre elles, tout en développant de nouvelles opportunités de rencontres et de valorisation de leurs métiers. 

Ainsi, porté sur les fonts baptismaux au Pullman Hôtel à Abidjan, le 12 avril 2015, ce réseau a commencé à essaimer à travers des pays comme le Gabon, le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Bénin, le Niger, la République du Congo… Partout, la mission reste triple. D’abord, créer un cadre d’échanges et d’optimisation des prestations des membres du réseau IPPRB comprenant notamment des managers, diplomates, hommes d’affaires, organisateurs d’événements, agents en charge du protocole et des relations publiques. Cela, à travers des espaces de networking, opportunités de bourses et de voyages d’étude. Ensuite, proposer une formation de haut niveau aux membres du réseau à travers la valorisation des expériences pratiques et enfin créer une synergie afin de mieux faire connaître et valoriser les métiers liés à la diplomatie économique, au protocole et aux relations publiques.

Pourquoi justement avoir décidé de valoriser les métiers du protocole et des relations publiques ?

J’ai personnellement exercé en tant qu’event manager. Dans le cadre de mes fonctions, j’avais comme une chape de plomb qui m’empêchait de connaître des notions de base comme le plan de table, l’ordre de préséance, les règles du pavoisement... Lorsqu’un ministre de la République ou le Chef de l’Etat était présent à un événement que nous organisions, nous étions obligés, à quelques jours de l’événement, de laisser la place au Protocole d’Etat. Nous étions alors des event managers incomplets, incapables de disposer convenablement des chaises, de proposer un déroulé conforme aux normes ou de simplement prendre en charge une délégation. Après avoir bénéficié d’une formation, j’ai senti l’évidence de tendre la perche aux nombreux event managers et agents du protocole exerçant ailleurs qu’au Protocole d’Etat. C’était une véritable réponse au faible niveau de certification et de valorisation des acquis de l’expérience. C’est aussi une volonté de mieux faire connaître ces métiers de l’ombre qui sont  bien souvent mal perçus sous nos cieux. A noter également la précarité des métiers qui ont un taux de réemploi très faible. Après le protocole, l’on se réoriente en général vers un autre métier.

Quelle est la particularité des métiers du protocole et des relations publiques ?

Ce sont des métiers qui contribuent à la promotion des perceptions positives. Des métiers de la communication, mais aussi de la diplomatie. Déjà, dans la cour des rois, nous avions des personnes qui réfléchissaient et agissaient constamment pour le maintien du prestige du souverain et, par ricochet, du royaume et de ses habitants. Le griot jouait entièrement le rôle de l’actuel chef du protocole. C’est lui qui mettait en musique le déroulé des cérémonies. L’autre particularité est la proximité de ces  métiers avec les personnalités, créant bien des confusions. L’attaché de presse est parfois associé à son patron, idem pour le chef du protocole. La difficulté par la suite, c’est la faible employabilité. Comment se valoriser sur le marché de l’emploi après 10 ans de service ? Par exemple, au sein d’une mairie, le constat est que les personnes en charge du protocole sont systématiquement mises à l’écart, prises pour les affidés ou partisans d’un adversaire battu aux élections. La question de l’employabilité et de la professionnalisation des métiers demeure d’actualité. Enfin, les métiers des relations publiques et du protocole sont des métiers peu perçus comme tels. Le commun pense qu’il consiste, pour le chef du protocole, à ouvrir la portière d’une voiture, à tenir une mallette ou, tout simplement, à disposer des chaises dans une salle de réunion. Ainsi, le neveu dégourdi joue rapidement ce rôle sans aucune préparation, apprenant sur le tas. Il en est de même pour le jeune étudiant en droit passé par la case journaliste-reporter. Il devient rapidement le chargé de communication sans aucun passage par la case formation ou même transformation, pour acquérir progressivement de nouveaux réflexes.

En tant que manager, quel regard portez-vous sur la qualité de nos ressources humaines de façon générale ?

L’Afrique est le continent qui compte le plus de jeunes. Une force de travail et de réflexion pour aller à l’assaut des défis du continent et du monde. Mon constat est plutôt mitigé. Nous disposons d’une part de ressources humaines bien formées et de qualité, capables d’être des solutions pour relever les défis auxquels les organisations sont confrontées. D’autre part, nous avons une masse de personnes pas suffisamment préparées à affronter le marché de l’emploi, du point de vue du développement personnel, du ‘’fighting spirit’’ et de l’esprit d’entreprise. Enseignant dans les universités et grandes écoles, je suis globalement optimiste. Je milite alors pour la professionnalisation des métiers par de constantes formations. Je pense par exemple aux chauffeurs de taxi qui n’ont aucun accompagnement pour exercer ce métier qui demande plus que le permis de conduire. C’est le rôle des cabinets de formation de contribuer à cette transformation de la société en agissant sur les ressources humaines.

Il existe aujourd’hui bon nombre de cabinets de formation sur le marché ivoirien. C’est à penser que le métier de la formation est devenu un business juteux ou est-ce une prise de conscience d’un écart à combler ?

Il est vrai que lorsque je pars prospecter au sein de certaines organisations et que je m’annonce en tant que le Directeur général de Desforges Consulting International, la réaction est souvent : « il  y a maintenant beaucoup de consulting, hein ! ». C’est une réalité qui dénote plutôt du besoin du marché. En Côte d’Ivoire, nous avons non seulement le défi de la formation initiale, mais aussi celui du perfectionnement permanent pour développer des compétences au service des organisations. Le plaidoyer est encore à faire pour une reconnaissance du rôle des cabinets de formation qui apportent des valeurs ajoutées aux entreprises. Tenez, par exemple, un comptable qui a une connaissance globalement bonne de Microsoft Excel nous disait qu’il n’avait pas besoin de formation, satisfait de sa prise en main du logiciel. Nous lui avons demandé s’il connaissait Excel Solver, un module complémentaire de ce logiciel qui aide à gagner des semaines de travail en résolvant des problèmes de comptabilité,  de marketing en un clin d’œil. Il n'en avait aucune idée ! Il faut connaître son existence et vouloir se perfectionner. Le temps est de l’argent et les salariés doivent pouvoir relever les défis, avec efficacité, dans les meilleurs délais. Au profit des chefs d’entreprises.

Nous constatons que vous êtes beaucoup sollicité, tant à l’intérieur du pays que partout dans la sous-région et même à l’international. C’est quoi le secret de Desforges Consulting International ?

Il faut dire que le cabinet vient capitaliser nos années d’expérience dans la formation, au service des grandes écoles, universités privées et cabinets de formation en Côte d’Ivoire, au Mali avec des étudiants camerounais, tchadiens, nigériens, sénégalais... Ces expériences nous ont permis d’interagir avec des salariés issus de différents pays. Aujourd’hui, c’est ce portefeuille relationnel qui est exploité, en majorité constitué d’anciens étudiants. Ensuite, nous avons accepté de quitter les sentiers battus qui sont les formations classiques du secteur tertiaire (informatique, secrétariat, management, comptabilité…) pour faire du protocole et des relations publiques notre cœur de métier. Un chantier difficile, mais qui devient notre marque de fabrique : Desforges Consulting International est aujourd’hui le leader en Afrique francophone au Sud du Sahara en matière de formation sur le protocole et les relations publiques. Nous intervenons dans des pays comme le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger, la République du Congo, le Gabon, le Bénin,le Togo, le Cameroun, pour les citer pêlemêle. Nous intervenons en Côte d’Ivoire par exemple, auprès de RandGold et Tongon S.A. à Korhogo et aussi auprès du Port Autonome de San Pedro, le premier port au monde pour l’exportation du cacao. Nous sommes sollicités non seulement pour intervenir dans les formations classiques du tertiaire, mais aussi pour partager notre expérience dans le protocole et les relations publiques. Et le bouche à oreille fonctionne entre managers qui constatent les nouvelles aptitudes développées par leurs collaborateurs à la suite des formations. J’aime bien rappeler à mes collaborateurs que le travail bien fait paie toujours un jour.

Le 22 octobre dernier, les professionnels du protocole et des relations publiques se sont réunis à Abidjan. Quelle idée a motivé cette rencontre ? Quelles étaient les thématiques qui y ont été abordées ?

Je rappelais tantôt que c’est à la suite  d’une formation organisée par le cabinet Desforges Consulting International que l’idée a été formulée de créer un réseau professionnel qui irait dans le sens du développement des métiers du protocole et des relations publiques. Depuis la création du réseau IPPRB le 12 avril 2015, mandat été donné pour l’organisation d’une grande rencontre annuelle. Celle-ci a été dénommée Contact Protocole. De nombreuses rencontres nationales ont aussi été organisées en marge de l’unique rencontre annuelle du réseau (Gabon Contact Protocole 2017, Ouaga Contact Protocole 2018, Mali Contact Protocole 2016…). Du 22 au 26 octobre 2018, à Seen Hôtel, Plateau, se déroulait la troisième édition d’Abidjan Contact Protocole. Elle a permis de plancher sur le thème : Protocole, Sécurité et Event management. C’était le lieu de rappeler la place du chef du protocole dans le dispositif de sécurité afin de ne pas mettre en danger une personnalité ou une délégation, par ignorance. Des exercices pratiques sur la planification des événements ont été faits, de même que des cours sur l’usage professionnel du talkie-walkie. Enfin, les fondamentaux du métier de protocole ont été rappelés. Il s’agit de l’ordre de préséance, le plan de table, l’attitude et l’habillement du chef du protocole ; sans oublier les conventions de Vienne, les règles de bienséance, du savoir-vivre, de l’élégance vestimentaire et langagière… Des intervenants de haut niveau ont interagi avec les participants. Il s’agit entre autres des ambassadeurs Jean Woaké (ancien Directeur du Protocole d’Etat du Togo et chargé de cours à l’Ecole Nationale d’Administration), Tui Digbé (ancien Directeur Adjoint du Protocole d’Etat de Côte d’Ivoire), du commissaire  principal Denis Mounet, de Cheick-Oumar Sissoko (plus de 20 ans d’expérience dans l’event management )…

D’aucuns pensent que le protocolat peut s’improviser. Un message à leur endroit…

Protocolat est d’abord un néologisme bien de chez nous. Le mot est accepté par le dictionnaire du scrabble, mais je préfère parler de protocole, tant pour désigner le métier que le professionnel. Ainsi, le protocole fait du protocole. Ceci étant, notons que le métier ne s’improvise pas. À l’instar de la conduite automobile, il y a lieu de se former au respect des règles du protocole et de la bienséance. Recevoir, par exemple, une délégation de sa belle-famille à la maison pour une solennité, ne s’improvise pas. Les places,  repas, propos doivent être minutieusement  choisis pour faire bonne figure et, aussi, pour éviter les incidents et malentendus. Lorsqu’une banque organise par exemple l’inauguration d’une nouvelle agence dans une localité et que deux anciens ministres sont présents, accompagnés du préfet, du maire et du député, sans oublier le Directeur général de la banque, il y a des règles mathématiques à appliquer pour l’installation des personnalités. Lors des allocutions et aussi, dans la photo mémorielle à la fin de la cérémonie, des règles devraient être respectées. Ce sont des questions d’image et de prestige pour éviter les frustrations et autres perceptions négatives. Avec une bonne organisation, tout le monde y gagne. Un espace de formation existe désormais en Côte d’Ivoire et partout en Afrique francophone, dans un premier temps, pour éviter les improvisations : le cabinet Desforges Consulting International qui met en œuvre les plans de formation du réseau IPPRB. 

Votre mot de fin…

Je voudrais lancer un appel aux étudiants en fin de cycle et à la recherche d’une spécialisation, aux professionnels du protocole et des relations publiques, ainsi qu’aux managers. Un appel à la professionnalisation des prestations, en prenant attache avec le réseau IPPRB qui a pour objectif de les orienter dans la valorisation de ces métiers. Une longue marche part toujours d’un premier pas. Nous avons déjà franchi un premier pas, mais de nombreux pas demeurent encore à faire. Pour cela, nous avons besoin de l’appui des bonnes volontés, partenaires techniques et autorités. C’est une chance de pouvoir porter ce projet qui permettra à terme aux populations de mieux connaître les métiers du protocole et des relations publiques : event manager, welcome manager, chargé de l’accueil, attaché de presse, de la communication, des relations presse… Rejoignez le réseau IPPRB.

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