Clémentine Touré, L’amour fou du ballon rond !

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Passionnée de foot ? Oui, je le suis et je pense bien que c’est la raison pour laquelle je ne saurais vous dire ni le comment ni le pourquoi de cet amour que j’ai pour le sport en général et le football en particulier », s’est exprimée Touré Clémentine, entraineur de l’équipe nationale féminine de football, à l’entame de l’interview qu’elle a accordé à IRH Mag dans les locaux de la FIF (Fédération ivoirienne de football) à Treichville. Tout le long de l’échange, celle que l’on appelle affectueusement coach Clémentine va nous ravir, nous émouvoir, nous étonner parfois, avec une histoire peu ordinaire, la sienne. Destin exceptionnel d’une femme !

Clémentine Touré, Coach de l’équipe nationale féminine de football.


Clémentine Natogoman Touré savait dès le bas âge ce qu’elle voulait faire et elle a réalisé son rêve. « Je fais partie de ces personnes qui ont eu la chance d’évoluer et d’exercer dans le corps de métier de leur cœur ». Entraineur de l’équipe de football féminin de Côte d’Ivoire, instructrice permanente à la Fédération internationale de football association (FIFA), Coach Clémentine est professeur certifié d’EPS (Education physique et sportive) à la Direction des sports de haut niveau du ministère des Sports. Mère de deux  enfants (un garçon de 12 ans et une fille de 5 ans), la native de Ferkessédougou est une femme comblée.

Itinéraire

Au cours préparatoire, pendant que ses camarades d’école s’illustraient de manière très brillante à la marelle, la petite Clémentine préférait taper dans le ballon : « Je ne sais pas pourquoi, mais très tôt j’ai aimé le ballon au détriment des morceaux de carreau ou de bois qui servaient de pièces maîtresse à la marelle », avoue-t-elle. Les pesanteurs culturelles qui confinent les filles aux tâches domestiques se dressant sur la trajectoire de sa passion, ses chances de voir un ballon étaient quasiment nulles. L’école devient alors sa seule échappatoire. Continuer d’avancer dans les études le plus longtemps possible était le seul gage pour elle d’être en contact avec l’objet de ses amours.« Rien ne me faisait plus plaisir que d’être en contact avec le ballon et mes amis de foot. Pour ça, je bossais dur pour être irréprochable au niveau des résultats scolaires et sur ce point j’étais un exemple dans la famille et une fierté pour les parents », rappelle-t-elle.

Je ne sais pas pourquoi, mais très tôt j’ai aimé le ballon au détriment des morceaux de carreau ou de bois qui servaient de pièces maîtresse à la marelle.

 Sa passion, Clémentine la vivait loin du regard parental mais avec la complicité de quelques proches qui croyaient en elle et la soutenaient : « Mon grand-frère, Emmanuel Touré, fut de ces premières personnes à avoir cru en moi. Il me soutenait autant qu’il le pouvait. Parfois, il inventait des courses qu’on devait aller faire ensemble et nous partions jouer pour un max de temps au foot. Au collège, ce sont particulièrement mes profs d’EPS qui me soutenaient et bravaient certaines règles non écrites pour que je participe au tournoi de football interclasse », raconte-t-elle. Orientée à Abidjan, après l’obtention de son Brevet d’étude de premier cycle (BEPC), Clémentine Touré s’inscrit dans un club de la place, participe au championnat national de football féminin et décroche sa première sélection en Equipe nationale de Côte d’Ivoire. Elle en totalisera 22 : « Vous pensez peut être que c’est peu ? Mais croyez-moi, en notre temps, c’était énorme ». Toutefois, l’espoir d’avoir une carrière internationale s’effritant peu à peu, à cause du manque de suivi et de l’âge, Clémentine Touré décide, après le baccalauréat, de passer le concours de l’Institut nationale de la jeunesse et du sport (INJS) : « Ma décision de ne pas m’éloigner du sport était irréversible ! ».

Championne d’Afrique des nations…

Professeur d’éducation physique et ancienne gloire de l’Equipe nationale de football féminin, Clémentine Touré se lance dans le métier très insolite pour une dame, d’entraineur de football. « J’avoue que c’était très difficile au début. J’ai même été recalée, disons même chassée lors de ma première tentative parce que disait-on, c’est un métier pour homme. Mais je suis revenue et j’ai presque exigée qu’on me laisse essayer. Walter Hamann, notre formateur d’alors, a accepté et je suis sortie major de ma promotion. Aujourd’hui, je suis titulaire de la Licence A CAF, le plus haut grade qu’un entraineur puisse obtenir en Côte d’Ivoire », affirme-t-elle avec fierté.

Sa carrière de coach démarre alors en 2004 sur les bancs de la Jeanne d’Arc (aujourd’hui JCAT)  en tant que coach adjoint. Deux ans après, elle se retrouve à entrainer les Amazones de Koumassi qui ravissent sous sa direction la coupe de la Fédération et le titre de champion de Côte d’Ivoire 

 à la grande et ‘’imbattable’’ Juventus de Yopougon. Laquelle équipe régnait de manière insolente sur le football féminin depuis plus d’une décennie. Cet exploit ne passe pas inaperçu auprès des dirigeants du football ivoirien qui la nomme entraineur adjoint de l’Equipe nationale féminine en 2006. Mais de manière inattendue, cette ascension va lui valoir des inimitiés. Les injures, les calomnies et les ragots  fusent : « J’ai été vilipendée et traitée de tous les noms sans même qu’on me laisse m’exprimer aux abords de la pelouse », se souvient-elle avec amertume. Conséquence ? Coach Clémentine démissionne avant même d’avoir été sur le banc d’entraineur. « Si je l’ai fait, ce n’est pas parce que j’étais faible, peureuse ou incapable de confondre mes détracteurs ; mais à la manière du bélier, je voulais reculer pour mieux cogner ». L’histoire lui donnera raison.

J’ai été vilipendée et traitée de tous les noms sans même qu’on me laisse m’exprimer aux abords de la pelouse.

 

Coach Clémentine Touré, entraineur de l’inconnue équipe de la Guinée Equatoriale, est sacrée championne de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2008. Malgré cet exploit, ses détracteurs, raconte-t-elle, n’ont pas arrêté de la ‘’dénigrer’’ : « Ce n’était pas elle le coach… On ne la pas vue sur le banc… ».   Mais des âmes bien plus avisées et plus objectives ont vu son potentiel et ne tardent pas à réagir… 

« Coach, c’est ton pays qui t’appelle ! »

L’instance fédérale du football mondial, la FIFA lui adresse via la Fédération ivoirienne de football (FIF), une lettre de félicitation pour l’énorme travail abattu en si peu tant en Guinée Equatoriale. Le président de la FIF d’alors, l’Ambassadeur Jacques Anouma, profite de l’occasion pour la décorer dans l’Ordre du mérite sportif ivoirien. Elle a encore en mémoire les paroles échangées : « Il serait temps que tu viennes prendre les rênes du football féminin et qu’on reparte sur de nouvelles bases », lui avait susurré au cours de cette distinction, le président Anouma. « Mais président, il n y’a pas longtemps que j’étais là et j’ai été rejetée… En plus je suis encore sous contrat avec la Guinée Equatoriale », avait-elle faiblement protesté. Le patron de la FIF a insisté: « Coach, c’est ton pays qui t’appelle ! ». Quand elle raconte cet échange, elle est émue. « Entendre ces mots, fut certainement l’un des meilleurs instants de ma vie. J’étais comblée et fière de savoir que le pays m’appelait ». 

Depuis sa prise en main de la sélection féminine ivoirienne, la Côte d’Ivoire a participé aux deux dernières CAN, à une coupe du monde de football pour la première fois de son histoire et à ses premiers jeux africains où elle s’est classée 3ème, remportant la médaille de bronze.

Aujourd’hui, le rêve affiché de la coach est d’offrir à la Côte d’Ivoire, sa première CAN féminine : « Ce serait véritablement l’aboutissement de ma carrière sportive ».

« Devant les échecs, ne jamais céder au découragement » 

Coach Clémentine sait que seuls les résultats pourraient mobiliser l’opinion publique ivoirienne autour du football féminin en Côte d’Ivoire. Alors, elle félicite et encourage celles qui ont embrassé ce métier à persévérer : « Je crois en l’avenir du football féminin parce que notre pays regorge de talents dont de beaucoup sont sous exploités ou non exploités. Ce vivier rapportera bientôt des lauriers à la Côte d’Ivoire et là, nous serons regardées autrement. Armons-nous donc de courage et persévérance dans l’effort… ». A celles qui voudraient emprunter cette voie elle a aussi des conseils : « Sachez que ce n’est pas facile, mais en tant que femme, quand on veut, il faut pouvoir… Mon parcours n’a pas été de tout repos, je suis passionnée du foot mais j’ai été beaucoup perspicace, savoir faire le bon jugement au bon moment. Surtout, je tiens à leur dire de ne pas abandonner leurs études au détriment du foot ; foot et étude doivent aller de pair », conseille celle qui n’envisage pas pour le moment de coacher une équipe masculine, mais si cela est dans ses cordes.