Didier Acouetey, Président fondateur du Cabinet AfricSearch : “ L’Afrique ne se développera pas si elle ne mise pas massivement sur la qualité de ses ressources humaines. ”

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IRH Mag : Vingt ans après cette folie Afric Talents, on constate que vous continuez à vous faire plaisir avec votre structure. Mesurez vous également tout le bonheur que vous apportez aux personnes intéressées par les prouesses d’Afric Talents ?

IRH Mag : Vingt ans après cette folie Afric Talents, on constate que vous continuez à vous faire plaisir avec votre structure. Mesurez-vous également tout le bonheur que vous apportez aux personnes intéressées par les prouesses d’Afric Talents ?

 

Didier Acouetey :  C’est vrai, vingt ans se sont vite écoulés. C’est parti d’un rêve et d’une conviction forte.  La première, c’est que l’Afrique ne se développera pas si elle ne mise pas massivement sur la qualité de ses ressources humaines. Deuxièmement, c’est que ces ressources humaines n’auront pas de raison d’exister si en face il n’y a pas de politiques publiques et surtout un secteur privé capables d’utiliser ces ressources pour qu’on ait, à notre retour, en Afrique ce qu’on appelle les champions de notre croissance. Nous nous sommes amusés pendant vingt ans et nous continuons de nous amuser parce que nous travaillons finalement pour la ressource la plus essentielle : la ressource humaine. Et ce qui nous enrichit ce sont finalement ces contacts, ces rencontres surtout Afric Talents qui est devenu un rendez-vous un peu incontournable dans toutes ces grandes capitales. A ces différentes éditions, nous retrouvons beaucoup de personnes qui ont été recrutées par ce forum, qui deviennent des Directeurs des ressources humaines et qui reviennent recruter à leur tour. Je crois que c’est ce qui nous donne du plaisir tous les ans et qui permet à l’aventure de continuer.

Quel est l’objectif de ce forum ?

Le 1forum a eu lieu en 1999 à Paris et son objectif était de donner des opportunités d’emplois aux cadres et diplômés africains. Les forums d’Abidjan comme celui de Paris, Dakar, Lomé, Douala, ont pour objectifs d’offrir des opportunités d’emplois à des diplômés qui veulent de nouveaux challenges ou qui veulent accéder à un premier emploi. A travers ce forum, nous donnons l’accès au marché, aux Directeurs des ressources humaines pour que les candidats puissent prendre des informations sur les entreprises, sur les métiers, sur les fonctions, sur l’évolution des emplois qui sont proposés afin qu’ils puissent eux-mêmes s’adapter au marché de l’emploi.

Afric Talents ouvre ses portes dans plusieurs capitales en Afrique. Aujourd’hui, quelles sont vos objectifs en Côte d’Ivoire ?

En Côte d’ivoire, nous y sommes depuis maintenant six ou sept ans. Nous voulons apporter une contribution à l’évolution du marché de l’emploi en termes de capacités à recevoir l’information. Vous savez, l’une des contraintes du demandeur d’emploi, c’est l’accès à l’information. Le premier élément, c’est donc de donner plus d’informations au marché. Le second élément qui est très important, c’est comment se vendre aux entreprises. Vous avez beau avoir les meilleurs diplômes, si vous ne savez pas vous vendre à une entreprise, vous limitez vos chances d’avoir accès à l’emploi. Donc, nous offrons des formations de coaching. Deux jours avant ce forum, il y a eu environ 700 candidats qui ont été formés aux techniques d’entretien et de présentation de CV

pour justement leur donner ce plus qui manque à beaucoup de diplômés par-delà le diplôme.

Quel est votre regard sur la qualité de nos ressources humaines ?

Nos ressources humaines se sont diversifiées certes, mais nous n’avons pas forcément gagné en qualité. Nous avons plus d’Africains formés mais nous n’avons pas plus d’Africains mieux formés. Donc la population d’Africains mieux formés est encore limitée. C’est cela notre challenge

aujourd’hui en Afrique, donner plus de qualité à notre système éducatif, à nos formations sinon nous continuerons de former des chômeurs.

En la matière, quel doit être le nouveau paradigme pour les Etats africains ?

Une chose est claire, nos Etats doivent inexorablement changer de paradigme. Un véhicule par exemple est constitué à 30% d’électronique. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui celui qui n’a pas cette capacité à appréhender les technologies, les sciences, etc., il ne peut pas s’adapter au monde moderne. Donc le mécanicien, quelle que soit sa valeur ou le travail qu’il fait avec ses outils habituels, s’il n’arrive pas demain à utiliser une tablette électronique pour dépanner les voitures, il ne pourra pas faire son travail de mécanicien parce que toutes les voitures seront électroniques. Le message, c’est que si nos dirigeants, nos étudiants et autres citoyens n’ont pas

cette capacité à intégrer la technologie dans leur travail, ils ne pourront pas survivre au monde de demain. Nous utilisons les tablettes et les smartphones tous les jours. Vous voyez donc que c’est cette dimension technologique qui permet au monde d’aller beaucoup plus vite. Donc, il ne faut pas que l’Afrique rate cette 4 révolution industrielle. Nous avons raté les précédentes, il ne faudrait pas que nous rations celle-ci.

Face à l’ampleur du chômage des jeunes en Afrique, vous sentez-vous encore capable d’apporter ce qu’il faut pour que ces jeunes aient encore de l’espoir ?

Environ dix à douze millions de jeunes diplômés africains rentrent sur le marché de l’emploi chaque année. Or l’Afrique ne crée pas autant d’emplois ; ce qui veut dire que nous formons une armée de chômeurs parce qu’en face il n’y a pas d’emplois et tout le monde n’est pas entrepreneur pour se lancer dans la création d’entreprise. Face à cette situation, il y a plusieurs réponses dont la capacité des Etats à créer des environnements sains, stimulants, ouverts

Nos ressources humaines se sont diversifiées certes mais nous n’avons pas forcément gagné en qualité. Nous avons plus d’Africains formés mais nous

n’avons pas plus d’Africains mieux formés. Donc la population d’Africains mieux formés est encore limitée. Qui permettent aux entreprises locales de tirer profit de nos croissances. Aujourd’hui quand on regarde la structure de cette croissance avec de gros investissements dans les infrastructures, on se rend compte que celle-ci ne crée pas des emplois dans l’immédiat. Tout cela n’a pas permis de stimuler le secteur privé qui est celui qui crée l’emploi et qui doit bénéficier de cette croissance. Donc, premièrement, si les politiques publiques sont bien formulées avec des conditions d’accès aux marchés qui permettent aux PME de créer des emplois, nous parlerons moins de ces questions. Deuxièmement, il faut que ces entreprises elles-mêmes se modernisent. Nous parlons déjà de 4 révolution avec l’utilisation des

nouvelles technologies qui améliorent la compétitivité des entreprises. Tant que nous restons en marge, tant que nous n’entrons pas dans cette nouvelle ère de révolution technologique, elles n’arriveront pas à être assez compétitives pour créer des emplois.

Une fois que cela est dit, quel est notre rôle ?

Nous nous devons de les informer. Je le dis souvent, lorsque nous sommes diplômés, la première des barrières pour accéder à l’emploi est l’information. Car, sil’ information ne circule pas, elle n’est pas disponible. Par conséquent, on ne sait pas quelles sont les entreprises qui recrutent, les postes disponibles, les secteurs porteurs, les profils recherchés pour ajuster les formations dispensées. Sauf qu’après leur formation dans nos universités et grandes écoles, nos diplômés n’ont pas les soft skills qui leur permettent de convaincre les entreprises de les embaucher. C’est pourquoi à notre humble niveau, nous prenons part à des émissions sur les radios internationales. Ce sont des espaces pour véhiculer les informations dont ils ont besoin.

Est-ce qu’il y a une concertation qui se fait à l’international étant donné que le problème est mondial ?

Je pense qu’il y a des fora comme le World economic forum, l’Organisation internationale du travail pour essayer de faire face à ce problème. Bref, la question du chômage comme vous le dites n’est pas une question seulement africaine sauf que d’ici l’an 2100, la moitié de la main d’œuvre active sera africaine. Cela veut dire que nous sommes face à des enjeux qui sont beaucoup plus importants que ceux des pays développés. Même s’il y a des concertations mondiales qui se font, chacun s’occupe d’abord de ses problèmes Et donc comment l’Afrique s’occupe de ses problèmes d’emplois avec des réponses africaines puisque nous en avons la

capacité. Il est dit que nous sommes le continent de demain avec tellement d’opportunités dans tous les domaines, sauf pour les Africains. Tout le monde vient investir en Afrique sauf les Africains. Tout le monde veut venir travailler en Afrique sauf les africains qui veulent immigrer. C’est un paradoxe  ! Face à ces paradoxes, les réponses doivent d’abord être africaines. La chance que nous avons, c’est que les opportunités de développement dans plusieurs secteurs sont réelles. Prenons par exemple l’immobilier, le tourisme, les services financiers, l’agrobusiness, les

télécom, etc. les besoins sont là  ! Nous n’avons même pas besoin de marchés extérieurs pour combler ces besoins sur le continent. Donc les opportunités, ça ne tient qu’aux Africains de les saisir.

Un autre paradoxe, l’Afrique possèderait 60% des terres cultivables dans le monde…

En effet, l’Afrique détient 60% des terres arables non cultivées dans le monde. Cela veut dire que notre continent peut être le grenier du monde. Tout le monde entier sait que demain pour nourrir la planète, il faudra absolument des terres. Nous sommes le continent le moins urbanisé par conséquent nous avons encore d’énormes espaces disponibles. Et donc pour nourrir le monde, il faut des terres, les cultiver, produire et enfin les transformer. Il n’y a que l’Afrique qui n’a pas compris que l’investissement dans la terre, c’est le business du prochain millénaire. Nous sommes donc dans des enjeux que nos dirigeants doivent mieux comprendre pour pouvoir résoudre le problème du chômage en Afrique.