Emmanuel Kouadio, Secrétaire générale de la CIE : " Politique Sociale et Motivation des Equipes."

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Les travaux de nombreux chercheurs ont montré que le processus motivationnel est complexe et que ses déterminants sont nombreux. Ainsi, Frederick Taylor considère que la motivation est fondée sur le gain. Pour lui, l’homme travaille pour percevoir un revenu. Le salaire au rendement est donc un moyen d’inciter le travailleur à augmenter ses résultats

Elton Mayo estime quant à lui que la motivation est fondée sur des facteurs psychologiques. Il a montré que les conditions de travail ainsi que la dynamique du groupe contribuent à motiver ou démotiver les travailleurs.

Pour Abraham Maslow la motivation est fondée sur la satisfaction de besoins hiérarchisés. D'après la pyramide des besoins, les individus tentent de satisfaire leurs besoins les uns après les autres. Pour motiver un salarié, il faut donc satisfaire ses besoins primaires mais également ses besoins supérieurs, en lui confiant par exemple des responsabilités.

Frederick Herzberg analyse la motivation selon deux axes : les facteurs d'hygiène (le salaire, les conditions de travail, la sécurité et le statut) et les facteurs de motivation (la responsabilité des tâches, la reconnaissance de la hiérarchie, l’évolution de carrière et l’autonomie). La satisfaction des facteurs d'hygiène est nécessaire pour éviter la démotivation mais influence peu la motivation. La non satisfaction des facteurs d'hygiène entraîne une attitude négative face à l'emploi. 

Enfin, en 1964, Victor Vroom développe une théorie dite "théorie des attentes" qui cherche à expliquer pourquoi les individus sont motivés ou non. L'idée de base est qu'un individu ne fournira un effort que si cet effort lui permet d'obtenir une récompense et que cette dernière est valorisante à ses yeux.

La motivation dans ‘’Culture africaine et gestion de l’entreprise moderne’’ de Marcel Zadi Kessy.

 C’est bien de savoir ce que disent tous ces nombreux et illustres chercheurs mais c’est encore mieux de voir comment tous ces théorèmes sortent de la lettre pour prendre corps dans la vie d’une entité. En la matière, nous avons M. Marcel Zadi Kessy qui a développé une politique de motivation qui regroupe un peu toutes ces idéologies. A travers son livre « Culture africaine et gestion de l’entreprise moderne », paru en 1998, M. Zadi Kessy décrit comment il perçoit l’organisation et le management de l’entreprise de manière à lui garantir la performance. Ce livre est donc un condensé de toute une vie. C’est cette politique managériale qui se traduit aujourd’hui au niveau de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) et de la Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire (SODECI), deux entreprises qu’il a dirigées durant plusieurs années 

Politique sociale dans l’entreprise : cas de la CIE

A la CIE, cette politique est répertoriée dans ce que nous appelons la Chartre de la politique managériale de la CIE. Elle est fondée sur des techniques modernes et conformes aux standards internationaux mais en même temps elle est novatrice en ce sens qu’elle intègre les valeurs sociales d’entraide et de solidarité de la culture africaine. C’est une union réussie qui permet de cultiver l’esprit de famille, de renforcer le sentiment d’appartenance, de fidéliser le personnel, de l’impliquer dans les efforts de production, de garantir les performances et les résultats de l’entreprise et enfin d’agir sur la motivation. L’application de cette politique est partie d’une théorie, celle de la prise en compte de l’environnement socio-culturel africain. En effet, le constat est que le travailleur africain subit une pression culturelle communautaire qui peut être à l’origine de contre-performances professionnelles et avoir un impact négatif sur l’entreprise. A cela, il faut ajouter des attentes sociales très fortes du travailleur à l’égard de son employeur. Son application va donc nécessiter la mise en place d’une politique sociale novatrice, attrayante calquée sur l’esprit de solidarité. Le but étant de contribuer à l’épanouissement du travailleur, à l’aider à se réaliser sur le plan social au cours de sa carrière et lui permettre d’atteindre le cap de la retraite dans la sérénité. La politique sociale de la Compagnie ivoirienne d’électricité telle qu’inspirée par Marcel Zadi Kessy a donc cinq pendants principaux : la santé, les évènements familiaux et vie sociale, cohésion sociale, les équipements et projets et la retraite. 

Le système de santé et le Fonds de solidarité

En matière de santé, il s’agit de tout ce qui est médecine du travail assurée par 5 centres médicaux, 16 infirmeries, 24 infirmiers, 6 ambulances, 6 ambulanciers, 7 médecins statutaires et 14 médecins vacataires, 1 pharmacien et 4 agents administratifs. On a également dans ce chapitre, le Fonds de solidarité santé (FSS) qui a été mis en place en novembre 1999 et fut à l’origine, une réponse de la CIE au fléau du VIH-SIDA. Le FSS a donc pour objectif la prise en charge thérapeutique des collaborateurs malades ou vivants avec le VIH-SIDA dans l’entreprise.

Le Fonds de solidarité

Au chapitre des évènements familiaux et vie sociale, il existe le Fonds de solidarité, créé en 1991 et qui vient en aide aux collaborateurs lors des évènements heureux ou malheureux. L’assistance sociale avec 13 assistantes sociales et autant de véhicules est chargée d’écouter et d’assister les collaborateurs, d’assurer les visites à domiciles et dans les hôpitaux, d’effectuer les démarches à la CNPS, d’assurer la gestion du fonds de roulement pour l’achat de sang sécurisé en cas d’urgence… L’autre pan de cette rubrique concerne le budget familial et le cadre de vie. Une équipe permanente de 10 formateurs assure depuis 1996, la formation à la gestion du budget familial de tous les collaborateurs.


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La cohésion sociale dans cette politique est l’affaire de l’Instance de recours social (IRS) dont l’objectif est de réexaminer les dossiers des agents licenciés en vue de leur réintégration. Depuis 2001, date de son entrée en vigueur, 64 dossiers ont été traités soldés par 10 réintégrations. Le Comité d’entreprise quant à lui, contribue au bien-être social, à l’épanouissement des collaborateurs, à l’apaisement et au maintien du bon climat social dans l’entreprise. Il est, à ce titre, constitué de 3 commissions : celle du logement et habitat, celle de la culture, sport et loisirs et enfin celle de la surveillance et gestion des fonds.


Le fonds épargne logement et le MA2E

Au titre des équipements et projets, la politique sociale de la CIE s’appuie sur deux structures : le Fond épargne logement et protocole avec les banques et la mutuelle des agents de l’eau et de l’électricité (MA2E). Pendant que le premier permet au personnel d’acquérir un logement ou des biens de consommation auprès des établissements financiers de la place à des taux préférentiels et de réduire l’absentéisme et faciliter les démarches administratives, le second offre au personnel de plus grandes capacités d’autofinancement de projets, améliore leurs conditions de vie, favorise la solidarité et la coopération entre le personnel et accroît la rentabilité du Fonds commun de placement (FCP).


Le fonds commun de placement  

Le dernier axe de la politique sociale de la CIE s‘articule autour de la retraite dont les tentacules s’étendent à trois niveaux. D’abord le Fonds commun de placement (FCP) qui a pour l’objectif de, non seulement permettre au personnel de prendre des actions dans le capital de l’entreprise, mais aussi de constituer un pécule au départ des collaborateurs de la compagnie. Le bilan de ce fonds au 30 juin 2016 s’élevait à 20 128 117 720 Fcfa. Viens ensuite l’assurance maladie à la retraite (ASMAR) qui s’est fixée trois objectifs : assurer la couverture médicale des collaborateurs CIE retraités, contribuer à l’amélioration des conditions de vie des retraités et renforcer la politique sociale du groupe. Pour finir le 3ème champ d’application de la retraite se définit autour de la Société de gestion pour les agents de l’eau et de l’électricité (SGA2E). L’activité de cette structure se résume à la structuration, au conseil et à la gestion de l’Organisme de placement collectif en valeur mobilière (OPCVM) notamment les Fonds communs de placement. La politique sociale de la CIE intègre enfin dans son plan retraite, une formation des pré-retraités en vue de la création de micro-projets. 

Comme on peut le constater, la chartre de la politique managériale de la CIE gère l’homme de son entrée à la compagnie jusqu’à sa sortie