CONTRIBUTION

HIERARCHIES ET RESPONSABILITES

Eugene Zadi
(DGA de la CIE)

Être chef implique des responsabilités pas toujours faciles à assumer. La détention du pouvoir, peut en effet pervertir ou griser. Et ces germes, on ne peut plus nocifs, sont dans l’essence même du pouvoir. Ainsi, a quelque niveau qu’il se situe, celui qui le détient ou n’en détient qu’une parcelle vit sous la menace permanente de se considérer comme un chef omnipotent et omniscient, c’est-à-dire tout-puissant et qui sait tout.

Pour se prémunir contre ces germes nocifs du pouvoir, le chef, communément appelé la hiérarchie par les collaborateurs dans nos entreprises, devrait inscrire son management dans une démarche participative. En effet, cette méthode de management est nécessairement constructive. Cette pratique aide en effet le chef à dispenser son savoir, enseigner son professionnalisme transmettre son expérience. Bien sûr, d’autres pratiques de management existent mais dans nos contrées et dans nos secteurs d’activités de service publics, la transmission de la culture d’entreprise est gage de succès. 

 le chef devrait inscrire son management dans une démarche participative [...] cette méthode de management est nécessairement constructive

Au lieu de cela, bien des ¨hiérarchies¨ finissent par entretenir, avec leurs collaborateurs, des relations de dominants à dominés. Pour eux, un bon agent est un collaborateur assujetti, qui a l’échine courbée, posture de soumission. Dans la forme la plus exacerbée de cette relation de monarque à sujet, le chef fini par vivre dans l’illusion qu’il est une lumière dont la vocation est d’éclairer ses collaborateurs. Au besoin même de les éblouir. Une lumière qui créé de l’obscurité… N’est-ce pas un didiga! Ainsi donc, à quoi bon prendre les avis des collaborateurs au point de penser qu’ils pourraient avoir raison contre lui… Le chef.

Il y a une autre forme la pire selon moi dans ce type de management qui a cours et semble prospérer davantage sous nos tropiques parce que le terreau y est plus favorable. Il s’agit du management infantilisant que les théoriciens de Ressources Humaines appellent management paternaliste. Bien plus qu’une nuance est à faire ici mais l’espace demeure une contrainte.

Dans la forme la plus exacerbée de cette relation de monarque à sujet, le chef fini par vivre dans l’illusion qu’il est une lumière dont la vocation est d’éclairer ses collaborateurs

 Retenons cependant que le manager infantilisant part en général de la noble idée de famille que serait l’entreprise. Il séquestre alors cette idée, la vide ensuite de sa substance et se sert de l’enveloppe du concept comme d’un leurre. Et c’est souvent qu’il l’agite comme un « garba » par temps de famine ou un chiffon rouge par temps menaçant. Dans la forme exacerbée de ce management, le manager a généralement recours à la solidarité tribale pour ramener dans les rangs, les ¨enfants¨, les ¨frères¨ et les ¨sœurs¨ qui ont des velléités de penser par eux-mêmes. Cette solidarité familiale, tribale, ou parfois religieuse, débouche nécessairement sur une gestion d’un pouvoir truqué dans sa nature même. Naturellement, les collaborateurs en conflits ouvert et ce, depuis toujours, avec le moindre gout de l’effort trouvent ici le terrain favorable à leur jeu favori: les contre-vérités, le mensonge semé à tout vent, la délation, etc. Les collaborateurs, las de guerroyer pour s’exprimer, déposent les « armes »et se découvrent des talents d’immobilisme en attendant que les nuages se dissipent et que le temps fasse son effet. Ceux qui ne s’accommodent pas en silence, deviennent des experts dans le savonnage des planchers de leur hiérarchie. Cependant, vu de loin, dans bien des services, sous-directions et directions, tout semble calme et paisible. En apparence! Pourtant, dans ces structures, combien de personnes y souffrent? En silence ? Combien de collaborateurs s’y taisent, forcés au silence alors que les idées, leurs initiatives ou questionnements pourraient faire avancer le travail, les équipes ? Combien d’entre eux y vivent-ils un mal être qui les ronge ? Combien d’entre eux, y sont-ils uniquement présents de corps, mais l’esprit en vadrouille.

Les spécialistes des ressources humaines s’accordent sur une chose: la motivation des collaborateurs est bien plus liée à la considération et au respect...

Les spécialistes des ressources humaines s’accordent sur une chose: la motivation des collaborateurs est bien plus liée à la considération et au respect dont ils sont l’objet de la part de leurs hiérarchies, dont l’une des missions est de tirer le meilleur des uns et des autres, à travers des conditions de travail propices à l’épanouissement et à l’émulation. Si être chef n’est pas une responsabilité facile à assumer, la gestion du pouvoir sans aucune sagesse devient, quant à elle un art improbable voire périlleux.