EDITO

Management participatif

Ange Tra Bi
(Directeur de Publication RHMAG)

Un conte africain rapporte que l’araignée, ayant rassemblé la sagesse universelle dans une calebasse, voulut la cacher dans le feuillage d’un arbre. Elle mit la calebasse sur sa poitrine et entreprit de grimper dans l’arbre. L’apercevant, son fils lui conseilla de se mettre la calebasse dans le dos pour faciliter son ascension. Furieuse de constater qu’une portion de sagesse avait échappé à son appropriation pour s’installer chez son fils, l’araignée lâcha sa calebasse qui se brisa. La sagesse, derechef, se répandit aux quatre coins de l’univers. Ainsi enseignait-on, dans nos bonnes vieilles campagnes, l’exigence de faire route ensemble pour l’épanouissement de la société.


Nul ne pouvait se croire dépositaire exclusif de l’intelligence et des compétences requises pour la bonne marche de la communauté. Même le roi ne décidait qu’après s’être enquis des avis de ses notables. Et nos villages, tant qu’ils restaient fidèles à l’esprit de ce management des premières heures, assuraient leur pleine croissance. Et la modernité arriva. Des structures nouvelles virent le jour, portées par des concepts dont tout le mérite aurait dû résider dans un lien étroit entre les valeurs traditionnelles africaines éprouvées et une vision moderne, éclairée, de la vie sociale. Sur ces bases devrait s’ériger la symbiose entre culture africaine et gestion de l’entreprise moderne. Mais qu’est-il donné de voir à la conscience critique ? Dans son excellent ouvrage “ Oser parler et savoir dire” , le coach canadien Arnaud Riou écrit qu’« aujourd’hui, trop souvent, le statut de chef dispense l’intéressé du partage de la parole. Les décisions sont prises sans concertation suffisante, sans échange de points de vue. Ces décisions sont par la suite contestées, reprochées et non suivies d’effet. (…) L’arbre à palabres a été déraciné. La parole a perdu son sens sacré ; la violence due à cette parole réprimée s’est radicalisée en actes. » Cela rappelle bien que « seul, on peut aller vite ; ensemble, on peut aller loin ». Telle est la raison pour laquelle il importe que la parole circule d’une façon authentique dans nos organisations.


Certes, chacun doit trouver et occuper sa place exquise. C’est un préalable indiscutable. Ceci dit, le management, lorsqu’il implique dans un dialogue inclusif toutes les parties prenantes à la vie de l’entreprise, responsabilise chaque collaborateur et lui fait obligation d’honorer son premier devoir, celui de garantir les chiffres de sa structure. Car le management n’a de sens que dans une collaboration bien pensée, comprise comme mise en commun de ressources à même de favoriser le progrès pour tous et le bonheur pour chacun dans la cohérence d’un vivre ensemble assumé. Telle est la condition de possibilité d’un partenariat sans démagogie, gage de performances de l’entreprise.


Le management inclusif, participatif, est l’une des clés les plus appropriées au déploiement d’une planification stratégique vouée au rayonnement de nos entreprises. Car l’un des enjeux actuels de la fonction RH est d’assumer le statut de Business Partner. Or le partenaire est, par essence, conscient de ses responsabilités. Cela ne le dispense guère du devoir d’entrer en relation avec l’autre, cet autre qui, loin de le léser, l’enrichit.