Tré Emmanuel, Directeur du Patrimoine de la CIE : " Comment former le travailleur à la gestion de son budget familial et à l’amélioration de son cadre de vie."

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L’expérimentation d’Eranove « Le travailleur indépendant, le fonctionnaire ou l’employé dans le privé, chaque fin de mois, en contrepartie de sa contribution intellectuelle ou physique, reçoit une rémunération. Et une partie de cette rémunération sert à faire face à nos charges régaliennes : électricité, eau, téléphone, santé, logement.

L’expérimentation d’Eranove

« Le travailleur indépendant, le fonctionnaire ou l’employé dans le privé, chaque fin de mois, en contrepartie de sa contribution intellectuelle ou physique, reçoit une rémunération. Et une partie de cette rémunération sert à faire face à nos charges régaliennes : électricité, eau, téléphone, santé, logement. Certains réussissent à épargner, à avoir des prêts à la banque, à réaliser des projets, à accroître leurs revenus et à améliorer la qualité de vie de leur famille, là où beaucoup d’entre nous ont des difficultés réelles à franchir ce que j’appelle les 30 jours. Ce projet n’est pas de la théorie. Il a été expérimenté au sein du groupe Eranove qui compte quatre entités en ce qui concerne la Côte d’Ivoire (SODECI, CIE, CIPREL, GS2E). Ce groupe compte environ 7000 agents. Les fondements qui nous ont amené à mettre en place ce projet sont les constats de la vie socioéconomique, les difficultés auxquelles est confronté le travailleur africain dans sa vie quotidienne ». Les maux du travailleur ivoirien : « Le travailleur en Côte d’Ivoire et en Afrique évolue entre deux mondes. Il quitte généralement son premier monde, la famille pour le second, le travail. Et il navigue entre les deux. Ce collaborateur, lorsqu’il a une dispute avec son épouse, cela se répercute sur son travail. Lorsqu’il a une promotion au travail, cela a également un impact dans sa vie familiale. Entre ces deux mondes, le travailleur ivoirien est confronté à un certain nombre de difficultés. Nous en avons distingué trois : Difficultés à planifier les dépenses Nous avons des difficultés à planifier nos dépenses, des difficultés à planifier nos revenus. 25% des travailleurs ont une bonne planification des dépenses et 75%, une mauvaise planification de leurs dépenses. Et atteindre le milieu du mois est un parcours du combattant, selon les études d’une ONG. Nous avons ainsi recours aux avances sur salaire, à des prêts au niveau de sa banque ou de son entreprise, à des usuriers et quand nous finissons par avoir nos cartes bancaires confisquées par des « margouillats », cela devient dramatique pour la famille. Mais ce n’est pas une fatalité, car certains de nos parents travaillaient avec ces difficultés. Après plus de 50 ans

d’indépendance, on a toujours le même problème. Il faut trouver une solution. Difficultés à épargner Nous avons également des difficultés à épargner. La vie en entreprise, c’est comme la vie tout court. On naît, on grandit, on vieillit et puis on est rappelé à Dieu. Au plan professionnel, on va à l’école, on a la vie active et on va à la retraite. Lorsque vous accédez à la vie professionnelle, cela devrait être la fin des difficultés, mais le premier salaire et le début même des difficultés. Vous allez subir des pressions culturelles des demandes de toutes sortes. C’est ainsi que va s’installer le spectre de l’endettement et du surendettement et sûrement vous conduire vers une retraite mal préparée, synonyme de pauvreté en Afrique. Une étude montre que sur 100 personnes qui vont à la retraite, il n’y a que 20% qui arrivent à réaliser des projets et à aller au-delà des 60 ans, là où le gros du lot a encordes difficultés. Il y a des problèmes de planification, gestion autocratique dans les couples. A ce propos, nous avons élaboré un référentiel des niveaux de gestion dans le cadre du projet budget familial et cadre de vie. La gestion empirique (salaire méconnu des deux conjoints, biens non déclarés, dépenses improvisées) ; la gestion ordinaire (salaire méconnus, biens non déclarés, contribution de la femme à certaines dépenses) ; la gestion participative (Salaires connus, comptes personnels connus mais inaccessibles, quelques biens déclarés, ouverture d’un compte commun) ; la gestion semi transparente (Connaissance de certains biens, accès à certains comptes et titres fonciers) ; la gestion concertée ( Accès à tous les comptes, connaissance de tous les biens). Le « projet budget

familial et cadre de vie » s’appuie donc sur la vision de Marcel Zadi kessy qui consiste à assurer l’épanouissement du travailleur tout au long de sa carrière et l’aider à franchir le cap de la retraite sans crainte et dans la sérénité. Il s’agit de faire également de lui une personne équilibrée et un acteur du développement économique et social. L’équilibre du travailleur se trouve donc dans le triptyque vie familiale, vie associative et travail ».  La mise en œuvre du projet BFCV « La mise en place du “projet budget familial et cadre de vie’’ nécessite un engagement fort des DG. Il faut par ailleurs des formateurs pilotes, des sites pilotes c’est-à-dire des travailleurs et leurs entreprises et des formateurs internes volontaires dans ces entreprises. Les modules de formation sont : le budget familial, les instruments d’épargne, la création de richesse et le cadre de vie (protocole de courtoisie, les bonnes manières, les tenues de table, les ordres de préséance, l’hygiène). Un document de suivi-évaluation ou des enquêtes permettent de constater les améliorations des travailleurs dans la gestion de leurs ménages. Avec ce projet, on va au-delà de l’entreprise pour entrer dans le cadre de vie du collaborateur. Il passe d’un stade de gestion solitaire à un stade de gestion concertée. Ce projet de gestion budgétaire expérimenté à ERANOVE a donné des résultats encourageants qui incitent à le généraliser. La crainte de s’engager dans un processus de gestion concertée a été surmontée dans beaucoup de couples ».