Vassidiki Diabaté Ambassadeur YES-Réseau Afrique pour l’emploi jeunes : "Le problème du chômage des jeunes en Afrique demande une solution mondiale"

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Ma priorité aujourd’hui est de mettre en place un réseau national YES dans les 54 pays d’Afrique. Ce réseau national doit reposer sur des jeunes entrepreneurs qui sont identifiés par l’Etat ou des jeunes qui sont dans les écoles professionnelles qui veulent s’initier à l’entrepreneuriat. Notre objectif est de les initier et de les accompagner à s’insérer dans la vie professionnelle via le tissu économique national.

IRH Mag : Vous êtes ambassadeur pour le réseau YES pour la question de l’emploi jeunes en Afrique. Cela dénote-t- il de l’universalité de la question? Vassidiki Diabaté : Avant tout, je voudrais souligner que YES (présent dans 55 pays) est une organisation internationale américaine pour la promotion de l’emploi jeunes née en février 2002 à Alexandria sous la conduite de Mme Poulin. Elle a été la première personne à inscrire sur l’agenda des Nations Unies, la question de l’emploi jeunes. Grâce à ses efforts, cette question a eu toute son importance à la tribune de cette institution internationale. Cela dit, il faut retenir que le taux très élevé du chômage des jeunes constitue une menace pour les Etats. Parce que comme vous le soulignez, la question de l’emploi jeunes est universelle, elle touche tous les pays du monde, des plus puissants aux plus faibles. Tous les Etats du monde aujourd’hui, ont intégré dans leur gouvernement un ministère de l’emploi des jeunes. C’est également une preuve que  c’est une problématique qui est prise très au sérieux…

Quelle est la mission précise que le réseau vous assigne dans le cadre de l’emploi jeunes pour l’Afrique ?  

Ma priorité aujourd’hui est de mettre en place un réseau national YES dans les 54 pays

d’Afrique. Ce réseau national doit reposer sur des jeunes entrepreneurs qui sont identifiés par l’Etat ou des jeunes qui sont dans les écoles professionnelles qui veulent s’initier à l’entrepreneuriat. Notre objectif est de les initier et de les accompagner à s’insérer dans la vie professionnelle via le tissu économique national. Sinon en gros, ma mission principale est le renforcement de toutes les activités et la coordination de YES dans la zone Afrique et dans tous les pays où se trouve le réseau sous la conduite de la direction exécutive du réseau YES  ; à tisser des partenariats avec les organisations nationales, sous régionales,

régionales et internationales afin d’apporter un appui financier aux actions initiées par le siège de YES au profit du réseau  ; d’aider à l’identification des sources de financement et de soumettre des projets du réseau YES aux bailleurs de fonds.

Sur le continent africain, quelle est l’ampleur du chômage des jeunes ?

Les statistiques nous enseignent que 32 millions de jeunes sont au chômage en Afrique. C’est énorme, surtout quand onsait que sur les 132 millions km2 de terres cultivables dans le monde, l’Afrique seule en possède les 67%. C’est cela aussi le paradoxe qui s’accentue avec la forte proportion de la population jeune. Dans cette posture, le défi des pays africains est de trouver un fonds, une banque de financement de projets pour les jeunes.

Quel serait selon vous le problème ?

Je dirais que le problème va au-delà de la mal gouvernance de nos dirigeants. La Côte d’Ivoire par exemple produit le café et le cacao, une production où nous sommes très loin devant nos concurrents, mais avez-vous vu un kiosque moderne à café 

ou une usine de chocolat dans ce pays  ?

Nous n’avons pas les moyens de financer ces entreprises, l’Etat n’a pas ces fonds-là qui nécessitent des financements à taux zéro. Ces kiosques à café modernes que l’on trouve aujourd’hui dans les stations d’essence, c’est bien dommage qu’ils ne soient pas pour des jeunes entrepreneurs ivoiriens. Si on avait des fonds, on pourrait le faire non seulement pour occuper les jeunes mais en plus, sur les 200 millions de tonnes de café que nous produisons, 80% pouvaient être consommés sur place. Il faut qu’on le sache, nos Etats n’ont ni les moyens ni le temps de faire face au chômage parce qu’ils ont quatre grandes priorités  : la santé, l’éducation, les infrastructures et l’approvisionnement de l’administration en ressource humaine de qualité. Une fois sur ces quatre grands axes qu’ils parviennent 

difficilement a honorer, que reste-t-il à nos Etats pour financer la lutte contre le chômage ? Rien ! Il faut éviter d’en rajouter à leur fardeau. Je dis donc qu’il faut une volonté internationale pour venir à bout du chômage des jeunes. La Banque Mondiale a une réserve de plus de 2 000 milliards, qu’est-ce qu’elle en fait ?

Il faut créer une banque d’appui à la création des entreprises des jeunes et instaurer tout

un mécanisme de gestion autour de ce fonds pour les gérer dans divers domaines. C’est cela mon combat actuellement qui sera mené à la tribune des Nations Unies. A condition que les jeunes aient l’envie et l’ambition d’entreprendre…

Toutes nos régions aujourd’hui sont touchées par le développement, si vous créez un cadre de vie agréable avec le minimum de commodité dans une plantation moderne, peu importe le lieu, le jeune voudra y vivre. Je vous cite le cas de Yacolidabouo dans la région de Soubré. C’est un exemple patent !

Quel jeune voudrait se plaindre ou refuser d’y vivre  ?

C’est un débat qui n’a pas lieu d’être parce que tous les jeunes aujourd’hui aspirent à des conditions de vie meilleure…

Parlant de stratégie, les Gouvernements créent des structures pour agir. La Côte d’Ivoire a créé l’Agence Emploi Jeune pour fédérer les énergies en matière de création d’emplois.

Avec votre expérience dans ce domaine, quel regard portez-vous sur ces initiatives ?

Je n’ai aucun commentaire à faire sur ces actions parce que je juge que chaque gouvernement fait ce qu’il peut pour réduire au maximum le nombre de ses chômeurs.

Les jeunes et le monde attendent plus d’actions concrètes. Mais, comme je l’ai dit et surtout dans ma position, mon problème n’est pas au niveau des actions d’un gouvernement ou encore au niveau national mais je m’intéresse à l’action internationale pour venir à bout du chômage des jeunes. Nous nous battons pour que la Banque Mondiale et le FMI décaissent des montants importants à mettre à la disposition des jeunes entrepreneurs.

En quoi la Communauté internationale est-elle concernée par une question de la jeunesse d’un pays ?

L’idéal serait que l’ONU dégage des fonds alloués à des organisations bien connues comme la BAD, la BOAD… ou même crée des banques spéciales qui vont œuvrer dans ce domaine. L’idée c’est d’octroyer directement un certain montant aux jeunes entrepreneurs dans le domaine de l’élevage, l’agriculture, la pisciculture, le commerce et même de l’informel. Cela permettra de réorganiser ce secteur qui peut être pourvoyeur d’emplois pour les nombreux

diplômés qui sortent de nos universités sans expérience. Ils seront formés auprès de notre administration publique à travers des stages et ensuite insérés dans des  cabinets qui seront créés pour suivre ces  jeunes entrepreneurs. Sinon la Banque mondiale par exemple joue pleinement son rôle sauf qu’elle doit plutôt donner les fonds directement aux banques commerciales des pays à travers un “Plan marshall ’’ pour aider ces jeunes. Sinon on ne cessera jamais de voir des jeunes gens dans les rangs des djihadistes simplement parce

qu’ils n’ont rien à faire. Il faut donc éviter qu’ils soient livrés à eux-mêmes. Et n’attendons

pas qu’on aille détruire un pays comme la Lybie pour ensuite lui octroyer un prêt pour

sa reconstruction…

Nous participons à des sommets organisés par YES dans plusieurs pays à travers le monde mais à ces rencontres, ce sont des entrepreneurs de différents pays qui y prennent part. Regardez des structures comme Google, Facebook etc. ce sont des jeunes qui les ont créées.

D’où vient l’idée alors que les jeunes africains ne peuvent pas créer  ?

Ils peuvent en faire autant et même mieux. Il suffit seulement de créer les conditions.

Parlons maintenant stratégies, comment faites-vous pour que les pays africains vous suivent dans cette démarche ?

Nous avons tenu plusieurs réunions à l’Union Africaine ; plusieurs associations ont été créées à cet effet. Aujourd’hui, j’estime que ces associations ont atteint leur maturité. Nous qui avions commencé par nos propres moyens, nous sommes à ce jour, à quatre PME qui emploient quand même certains jeunes. Nous qui donnons de l’emploi à certaines personnes, il est important que nous nous retrouvions pour échanger sur ces questions parce que nos jeunes souffrent énormément. Même le domaine des cabines téléphoniques peut être parfaitement organisés pour que tous ces jeunes vivent mieux dans cette activité

que ce que l’on voit.  Il y a des chercheurs, des inventeurs et des génies en Afrique.

Est-ce que vous vous mettez en mission pour ceux-là aussi ?

Bien sûr ! Ce sont ces jeunes-là que nous recherchons aujourd’hui. Lorsqu’ils inventent

quelque chose, il faut les aider à obtenir le brevet pour les déposer à l’Organisation mondiale de la protection intellectuelle (OMPI). Savez-vous que l’informatique est partie du Nigéria  ? Quel bénéfice ce pays en a-t-il tiré  ? Aujourd’hui, c’est Google, Facebook et autres qui sont connus  ; c’est  ça la réalité  ! Dans les pays occidentaux, lorsqu’ils découvrent un inventeur, des milliards sont mis à sa disposition pour le soutenir dans ses recherches. Mais sous nos tropiques, rien du tout !

Ne faut-il pas craindre une révolte des jeunes contre les parents ?

Vous savez c’est le système même qui est caduc et il faut en sortir. Il ne faut pas que les gens se leurrent  ; les études linéaires c’est terminé  ! En plus, comment pouvez vous comprendre que la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de Cacao et la majorité

des Ivoiriens ne peuvent même pas s’offrir une barre de chocolat.