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Ce mercredi 25 février 2015 à 11 heures, quand l’équipe de rédaction de RH Mag arrive dans les bureaux de Viviane ZUNON KIPRE à Fraternité matin sis à Adjamé, elle n’imaginait pas un accueil si chaleureux, autant de bienveillance et de disponibilité. L’interview qui s’ensuit est une formidable revue des grandes trajectoires d’une vie professionnelle et familiale bien remplie, de l’engagement à toujours œuvrer pour le meilleur.

RH Mag : Madame la Présidente, à RH Mag nous avons l’habitude de demander à nos grands invités de se présenter eux-mêmes aux lecteurs...

Viviane ZUNON KIPRE: Je suis Viviane ZUNON KIPRE, Présidente du Conseil d’Administration de la SNEPCI du groupe Fraternité Matin, actuelle Présidente de l’Institut des Administrateurs de Côte d’Ivoire. J’avais fait valoir mes droits à la retraite quand j’ai été appelée comme Administrateur pour Fraternité matin, ensuite j’ai été élue Présidente du Conseil d’Administration. Ma retraite, je l’ai prise au niveau de la CNPS que j’ai eu à diriger mais surtout à restructurer de 1990 à 2000. J’ai été nommée en juin 1990 et j’en suis sortie en septembre 2000 après avoir procédé à la restructuration de la CNPS. Mais avant d’y aller, j’étais Cadre de la BCEAO où j’ai gravi tous les échelons jusqu’à être l’adjoint du Directeur national. A l’époque, c’était Monsieur Charles Konan Banny. J’étais son adjoint lorsque j’ai été appelée par le Président Félix Houphouët Boigny sur proposition de l’actuel Président de la République qui était Premier Ministre. J’ai donc été proposée au Président Houphouët pour aller redresser la CNPS qui traversait une crise. Auparavant, j’ai fait un bref séjour au Trésor où j’ai commencé en tant que Contrôleur pour finir Inspecteur.

Vous avez-été la première femme à occuper un poste de cadre à la BCEAO. Comment êtes-vous entrée à la Banque centrale ?

 J’étais à l’Ecole Nationale d’Administration. A la fin du cycle, il fallait faire un stage en France. Or j’étais mariée et mère de quatre enfants. C’était des enfants en bas âge, donc il m’était difficile d’abandonner ma famille et mon foyer ici pour aller en France. D’autres l’on fait, mais moi je n’ai pas eu ce courage.

Et donc, en accord avec le Directeur de l’ENA et le Directeur du Trésor de qui je relevais, j’ai obtenu de faire ce stage-là ici en Côte d’Ivoire. Et comme j’étais dans le domaine financier, précisément la section financière de l’ENA, après prospection, c’est la Banque Centrale que j’ai retenue et qui m’a acceptée. Mais simplement en tant que stagiaire. Lorsque j’y suis arrivée, cela a coïncidé avec l’ouverture du Centre de Formation des Cadres Supérieurs de la BCEAO. Les responsables de la BCEAO à l’époque ont estimé qu’il était bon qu’en plus du mon mari, médecin et député, qui était compréhensif, DIEU merci, et certains membres de ma famille qui pouvaient me seconder lorsque j’étais obligée d’être loin de la famille, de veiller aux études des enfants. J’ai eu cette chance d’avoir autour de moi des personnes compréhensives qui m’ont toujours apporté leur soutien. Cependant, j’ai toujours gardé la main sur l’éducation des enfants. Cela était fondamental pour moi. Avec mon rôle d’épouse à la maison, tout cela n’était pas toujours évident, mais j’ai essayé et pu tenir. Je peux l’affirmer, je dirai qu’il y a eu beaucoup de hasard et de changement, parce qu’au départ je n’étais pas destinée non plus au monde de la finance...

Avec toutes ces années d’expérience, vous avez su garder une place de choix à votre famille. On peut oser affirmer que c’est une vie réussie, Madame la Présidente…

Oui, je ne cacherai pas mon plaisir en disant que je n’ai pas réussi ma vie professionnelle et familiale. Aujourd’hui avec mon mari, nous totalisons 51 ans de mariage. J’ai des enfants qui sont aujourd’hui tous pères et mères de famille. Nous sommes une famille qui est restée très soudée. Au plan professionnel, je suis arrivée à un niveau qu’en toute franchise je n’imaginais pas, par exemple être l’adjoint du Directeur national de la BCEAO. Je me disais qu’en étant une fondée de pouvoir ou un bon cadre supérieur au niveau de tel ou tel département de la banque, c’était déjà gagné. Mais il s’est trouvé que ma force de conviction à prouver que je méritais les postes que j’occupais, que ce n’était pas par complaisance, que j’y étais plutôt parce que j’en avais les compétences, je crois que par ricochet, ça m’a permis d’obtenir encore plus. A notre époque, dans les années 70, on ne voyait pas le mérite de la femme. On y voyait tout de suite un coup de pouce d’un parent ou d’un ami. Et moi, j’ai toujours voulu me démarquer et prouver que lorsque je suis à un poste, je dois faire le travail mieux qu’un collègue homme le ferait. Cela vous permet de bénéficier de l’estime de vos supérieurs hiérarchiques et de monter d’un cran. En toute franchise, je pense que cela a été mon cas.

On peut retenir que la Présidente est une femme de challenge…

(Rire) Ah oui, parce que je n’aime pas l’échec ! Je préfère plutôt ne pas m’engager dans quelque chose lorsque je me dis que si je commence, je vais échouer.

Avez-vous le sentiment que le hasard est intervenu souvent dans votre parcours ?

Je peux l’affirmer, je dirai qu’il y a eu beaucoup de hasard et de changement, parce qu’au départ je n’étais pas destinée non plus au monde de la finance...

Depuis 2008, vous êtes Présidente du Conseil d’administration de la Société Nouvelle de Presse et d’Edition de Côte d’Ivoire (SNPECI). De la banque à la presse et à l’édition, cela fait un grand écart…

C’est vraiment un grand écart et c’était même inattendu. Après avoir pris ma retraite au niveau de la CNPS, j’avais commencé par ouvrir un cabinet personnel avec d’autres amis. On y faisait de l’audit et de la formation. Et puis un jour j’ai été appelée. C’était en 2008, à l’époque où la Côte d’Ivoire recherchait un équilibre. Et entre le les protagonistes du monde politique, dans le cadre des accords de paix de Ouagadougou, il s’agissait de trouver des personnes assez neutres, pas trop marquées politiquement pour occuper les postes d’administration des médias de service publique : Fraternité matin et la RTI. Pour Fraternité matin, mon nom a été proposé entre plusieurs autres noms et a fait l’unanimité entre les trois protagonistes de l’époque, à savoir le Président Bédié, le Président Gbagbo et l’actuel Président de le République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara. C’est ainsi que je suis arrivée à Fraternité matin. C’est sur la base de mon profil de gestionnaire et de personne pas trop marquée politiquement ; car la politique, ce n’est pas ma tasse de thé.

 Quel est le regard que vous jetez aujourd’hui sur Fraternité matin ?

 Comme vous êtes en Côte d’Ivoire, vous savez que Fraternité matin est une belle dame qui a fêté ses cinquante ans le 09 décembre dernier….. C’est le seul organe de presse qui a eu une telle longévité en Côte d’Ivoire. Je suppose que c’est parce que Fraternité matin s’est bien comportée. Dans la jungle de la presse, Fraternité matin a su tirer son épingle du jeu. Certes, Fraternité matin a bénéficié du soutien de l’Etat, puisque c’est un media de service public, mais il a aussi eu des managers qui ont su l’amener jusque-là. C’est un bon journal. L’ambition du Conseil d’Administration et de la Direction Générale, c’est faire de Fraternité matin le premier média de service public en Afrique. C’est le challenge que nous nous sommes fixé.

 Et sur la presse ivoirienne dans son ensemble ?

 La presse ivoirienne a beaucoup évolué. Il y a eu le printemps de la presse en 1990 et à cette époque-là, il y avait à boire et à manger…Aujourd’hui, je trouve que la presse ivoirienne est en train de se responsabiliser. Vous avez vu tous les organes de régulation et autres qui ont été mis en place. Nous avons toutes les tendances sur le marché. Bien sûr, une bonne partie répond à des clochers politiques mais on a quelques journaux qui se veulent indépendants Et aujourd’hui, quand vous prenez les journaux en Côte d’Ivoire, vous pouvez vous-mêmes vous faire une opinion d’un évènement donné parce que vous avez toutes les sensibilités qui s’expriment. Je crois que la Côte d’Ivoire est sur la bonne voie.

La presse ivoirienne a beaucoup évolué. Il y a eu le printemps de la presse en 1990 et à cette époque-là, il y avait à boire et à manger… Aujourd’hui, je trouve que la presse ivoirienne est en train de se responsabiliser.

Venons-en à l’INAD-CI. Dans quelles circonstances cet institut est né ?

Il y a la conjugaison d’un certain nombre de choses et la rencontre d’un certain nombre de personnes. En ce qui me concerne, tout est parti de l’adoption du code de gouvernance et de responsabilité sociétale des entreprises dont s’est doté la Côte d’Ivoire. Lorsque nous avons validé ce code, nous nous sommes dit que la Côte d’Ivoire a plein de textes de lois et de textes règlementaires pour la gestion des entreprises et la gestion des administrations. Mais on a beau avoir tous ces outils, s’il n’y a pas d’hommes bien formés pour faire fonctionner, cela ne sert à rien. C’est ainsi que l’idée est venue de créer un cadre où les dirigeants sociaux pourraient venir se frotter les uns aux autres, se former, s’informer, pour être de bons managers et faire fonctionner les entreprises. Donc nous nous sommes retrouvés en 2013, un petit noyau de personnes physiques et morales, et nous avons jeté les bases, tenu l’assemblée générale constitutive de l’INAD-CI. Du fait que j’étais à la base de la rédaction des premiers textes, mes collègues ont voulu me faire confiance en me mettant à la tête afin que j’anime notre organisation commune qui venait de voir le jour.

Pour le citoyen lambda, c’est qui un administrateur ?

 Un administrateur c’est quelqu’un qui a été désigné par un actionnaire pour le représenter. Mais un administrateur n’est rien tout seul ; c’est au sein d’un Conseil d’Administration qu’un administrateur s’exprime. Nommé par un actionnaire, une fois qu’on est en Conseil d’Administration on devient une entité indépendante qui jette les bases, les orientations de la marche de l’entreprise, qui fixe la stratégie que l’entreprise doit adopter pour atteindre les objectifs pour lesquels elle a été créée. Le Conseil d’Administration donne les grandes lignes, oriente la stratégie et demande au Directeur Général d’appliquer cette stratégie. Et donc le Conseil d’Administration se doit de demander des comptes à la Direction Générale sur les moyens que celle-ci a mis en œuvre pour atteindre les objectifs qui ont été fixés. Ensuite, le Conseil d’Administration doit contrôler que la mise en œuvre a effectivement eu lieu. S’il y a des retouches, des redressements ou des choses à améliorer, le Conseil d’Administration prend ses responsabilités une fois que la Direction Générale a rendu compte. Aussi, le Conseil d’Administration doit contrôler pour voir si les objectifs ont été atteints par rapport aux moyens juridiques, administratifs et financiers qui ont été mis à la disposition du Directeur Général pour l’atteinte des objectifs. Une autre des responsabilités très importante est l’arrêté des comptes en fin d’exercice. Le Conseil doit veiller à la véracité des comptes parce que ces comptes sont livrés aux actionnaires puis au public.

 Quels sont les gros challenges de l’INAD-CI après sa création ?

 C’est d’abord former des administrateurs compétents parce que, généralement, un administrateur désigné par un actionnaire arrive avec un back ground, une formation donnée. Nous ne sommes pas tous forcément des gestionnaires. Il y en a qui ont étudié la gestion, qui ont vécu la gestion toute leur vie et quand ils arrivent à un poste d’administrateur, ça ne pose pas de problème. Cependant, vous avez aussi d’éminentes personnalités, des professeurs d’université, des juristes, des artistes, etc, qui sont très compétents dans leur domaine, mais qui n’ont pas des rudiments en matière de gestion. Le rôle de l’INAD-CI, c’est de leur donner cette formation et de faire en sorte qu’au sein des Conseils, on ait une certaine cohésion, et finalement une certaine expertise en gestion. Ensuite, l’INAD-CI s’est donné aussi comme ambition de former des administrateurs indépendants à travers une certification, afin de professionnaliser la fonction d’administrateur. A ce titre, nous sommes en train de mettre en place un certificat en collaboration avec des structures beaucoup plus anciennes que nous. De sorte que, si un investisseur arrive en Côte d’Ivoire et qu’il a besoin d’un national pour le représenter au Conseil d’Administration, l’INAD-CI puisse mettre à sa disposition un administrateur certifié. La certification est un important chantier, nous auront le parrainage d’Instituts plus anciens, comme le Collège des administrateurs du Canada, l’Institut français des administrateurs, l’Institut marocain des administrateurs. D’ailleurs nous avons conclu un accord de partenariat avec le dernier institut cité et aussi avec la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) de l’Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA) qui est attachée à la formation des administrateurs. L’INAD-CI a sa place dans la mesure où nous avons été très bien accueillis par ces institutions.

Tous les secteurs d’activités sont-ils représentés au sein de l’INAD-CI ?

 On a le secteur privé, le secteur public et parapublic, le secteur agricole et même certaines PME. Nous pouvons estimer que tous les secteurs d’activités sont représentés ou encore sont les bienvenus.

 A ce jour, l’INAD-CI revendique combien de membres ?

Nous avons un peu plus de 300 membres et le nombre ne cesse de croître.

Madame la Présidente, vous avez parlé de PME. Elles n’ont pas de Conseil d’administration. Qui donc, au sein d’une PME, peut être membre de l’INAD-CI ? L’Associé-Gérant par exemple ?

Evidemment, l’associé-gérant peut intégrer l’INAD-CI de manière à se former, bénéficier du partage d’expérience et gérer de façon optimale sa structure. L’INAD-CI s’est donné aussi comme ambition de former des administrateurs indépendants à travers une certification, afin de professionnaliser la fonction d’administrateur. Pas tous forcément des gestionnaires. Il y en a qui ont étudié la gestion, qui ont vécu la gestion toute leur vie et quand ils arrivent à un poste d’administrateur, ça ne pose pas de problème. Cependant, vous avez aussi d’éminentes personnalités, des professeurs d’université, des juristes, des artistes, etc, qui sont très compétents dans leur domaine, mais qui n’ont pas des rudiments en matière de gestion. Le rôle de l’INAD-CI, c’est de leur donner cette formation et de faire en sorte qu’au sein des Conseils, on ait une certaine cohésion, et finalement une certaine expertise en gestion. Ensuite, l’INAD-CI s’est donné aussi comme ambition de former des administrateurs indépendants à travers une certification, afin de professionnaliser la fonction d’administrateur. A ce titre, nous sommes en train de mettre en place un certificat en collaboration avec des structures beaucoup plus anciennes que nous. De sorte que, si un investisseur arrive en Côte d’Ivoire et qu’il a besoin d’un national pour le représenter au Conseil d’Administration, l’INAD-CI puisse mettre à sa disposition un administrateur certifié. La certification est un important chantier, nous auront le parrainage d’Instituts plus anciens, comme le Collège des administrateurs du Canada, l’Institut français des administrateurs, l’Institut marocain des administrateurs. D’ailleurs nous avons conclu un accord de partenariat avec le dernier institut cité et aussi avec la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) de l’Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA) qui est attachée à la formation des administrateurs. L’INAD-CI a sa place dans la mesure où nous avons été très bien accueillis par ces institutions.

 Tous les secteurs d’activités sont-ils représentés au sein de l’INAD-CI ?

 On a le secteur privé, le secteur public et parapublic, le secteur agricole et même certaines PME. Nous pouvons estimer que tous les secteurs d’activités sont représentés ou encore sont les bienvenus.

 A ce jour, l’INAD-CI revendique combien de membres ?

 Nous avons un peu plus de 300 membres et le nombre ne cesse de croître. Madame la Présidente, vous avez parlé de PME. Elles n’ont pas de Conseil d’administration.

Qui donc, au sein d’une PME, peut être membre de l’INAD-CI ? L’Associé-Gérant par exemple ? Evidemment, l’associé-gérant peut intégrer l’INAD-CI de manière à se former, bénéficier du partage d’expérience et gérer de façon optimale sa structure.

L’ambition légitime de toute PME étant de devenir une grande entreprise et se doter d’un conseil d’administration.

Quelles sont les actions phares que vous avez déjà eu à engager ?

 Nous avons lancé nos activités en mai 2014. Entre mai 2014 et le 31 décembre 2014, nous avons mené plusieurs formations. La première formation a porté sur la finance. Il s’agissait de savoir, pour un administrateur qui n’a jamais eu affaire à un compte d’entreprise, un compte d’exploitation et un compte de résultat ou à analyser un bilan, quelles sont les questions clés qu’il doit pouvoir poser au Directeur Général pour se faire une idée réelle des résultats qui ont été affichés. Ces formations financières ont été animées par des cabinets d’expertise comptable très côtés de la place. Nous avons eu deux formations dans ce domaine-là. Nous avons eu aussi des formations sur « Le rôle et la responsabilité des Conseils d’Administration » comprenant tout le volet juridique. Dieu sait qu’aujourd’hui, avec la mise en place des règles d’ISO, les Conseils d’Administration sont devenus réellement parties prenantes de la gestion des entreprises. Il ne s’agit pas de venir juste assister à une séance, recevoir des perdiem de présence et repartir. L’administrateur a beaucoup de devoirs dont ceux de s’informer et de poser des questions ; et, même, juridiquement, sa responsabilité peut être engagée au même titre que celle du Directeur général. Ce sont toutes ces formations qui sont données afin que chaque administrateur prenne conscience de son rôle et puisse s’acquitter des missions qui lui ont été confiées. Nous avons eu aussi le module pour apprendre à parler en public et en réunion. Un administrateur doit être acteur de sa prise de parole en public de telle sorte qu’il véhicule mieux ses points de vue et opinions. In fine, l’INAD-CI est en quelque sorte un rempart contre la mal gouvernance… Absolument ! C’est une solution contre la mal gouvernance. Cela fait partie de nos objectifs principaux. L’INAD-CI est né dans la foulée de l’adoption du code de gouvernance et de responsabilité sociétale des entreprises en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, il est important de souligner que l’INAD-CI vient d’être intégré au Réseau Africain de bonne gouvernance. Quels sont les rapports entre l'INAD-CI et d’autres organisations patronales notamment la CGECI et même les chambres de commerce ? La CGECI est membre fondateur de l’INAD-CI. L’ANADER, l’APEX-CI, le CAGO etc. sont des structures qui, à côté de quelques personnes privées, ont été à la base de la création de l’INADCI. Le patronat soutient les actions de l’INAD-CI et est partie prenante dans la vie de cet institut. Les organisations patronales, c’est pour les entreprises. Avoir de bons gestionnaires, directeurs généraux et administrateurs, cela ne peut que faire du bien aux entreprises. C’est le gage de la réussite des entreprises, de l’atteinte des objectifs que se fixent les entreprises. Il y a donc une forme de complémentarité en ce sens que l’INAD-CI est un organe de formation et d’information à la disposition des entreprises et organisations patronales.

Est-ce que les femmes sont suffisamment représentées au sein de l’INAD-CI ?

 On a quelques femmes administrateurs membres de l’INAD-CI. Mais ceci est à l’image des entreprises de Côte d’Ivoire. Nous avons beaucoup de femmes entrepreneurs, cependant il n’y en a pas beaucoup dont les entreprises ont atteint un niveau suffisamment important. Nous avons quelques femmes membres de l’INAD-CI et d’autres qui sont en train d’arriver. Nous avons même mis en place un comité du genre pour justement essayer de développer l’entrepreneuriat féminin.

Vous avez parlé de la signature d’accord avec un institut marocain. Qu’en est-il ?

 Ce partenariat a pour objectif de créer une synergie entre nos instituts. L’institut marocain est beaucoup plus ancien que le nôtre. Je crois que, pour l’instant, nous sommes en Afrique le dernier-né. Les Marocains totalisent déjà plusieurs années d’expériences. Il est bon pour la coopération sud-sud que nous bénéficiions de cette expérience, que nous échangions nos pratiques de gouvernance. Je me félicite de la Un administrateur doit être acteur de sa prise de parole en public de telle sorte qu’il véhicule mieux ses points de vue et opinions. On a quelques femmes administrateurs membres de l’INAD-CI. Mais ceci est à l’image des entreprises de Côte d’Ivoire. Nous avons beaucoup de femmes entrepreneurs, cependant il n’y en a pas beaucoup dont les entreprises ont atteint un niveau suffisamment important.

Signature de cet accord autant que le Président de l’Institut marocain s’en félicite et cela va créer une synergie. Beaucoup d’entreprises marocaines sont venues s’installer en Côte d’Ivoire, nous ne désespérons pas de voir des entreprises ivoiriennes aller s’installer au Maroc. Il est bon que nos instituts, qui ont le même objectif, à savoir, la formation des dirigeants sociaux des entreprises, collaborent pour justement permettre à ces entreprises, qui s’installent de part et d’autre d’être performantes en prenant en compte les spécificités de chacun.

RH Mag est une tribune consacrée aux Ressources Humaines… Quelle importance elles revêtent à vos yeux ?

 La dimension ressources humaines est très importante. Pour moi, il n’y a pas d’entreprise sans ressources humaines. Et pour qu’une entreprise marche, il faut qu’au niveau des ressources humaines, il y ait un certain apaisement, une certaine sérénité. Il faut que l’agent soit dans les meilleures conditions possibles pour donner le meilleur de lui-même. Donc, le volet ressources humaines est l’élément premier dans une entreprise. Bien sûr, il y a le capital. Sans capital on ne peut pas monter d’entreprise, mais sans ressources humaines non plus, on ne peut pas avoir d’entreprises. C’est ma conviction. Toute ma vie, partout où je suis passée, j’ai développé le travail en équipe. Je n’ai jamais su travailler en solo. A la CNPS, où j’étais vraiment au plus haut niveau, je disais à mes collaborateurs que lorsqu’on est en Comité de Direction, par exemple, que chacun laisse tomber sa veste pour avoir le meilleur de chaque collaborateur et surtout le meilleur pour l’entreprise, parce que l’objectif final c’est l’entreprise.

Aujourd’hui, nous avons pas mal d’entreprises où la direction des ressources humaines n’est pas à fond dans la stratégie. Quelle place accordez-vous à cette Direction ?

Nous accordons une place très importante à la direction des ressources humaines. D’ailleurs au niveau de l’INAD-CI, il n’y a pas que les directeurs et les administrateurs ; leurs plus proches collaborateurs et notamment les directeurs des ressources humaines peuvent adhérer également, pour pouvoir se former à l’INAD-CI. D’autres l’ont déjà fait. Très souvent en Afrique et, en Côte d’Ivoire spécifiquement, on confond chef du personnel et directeur des ressources humaines. Le directeur des ressources humaines doit avoir une stratégie qui découle de la vision de l’entreprise. Il doit être un acteur majeur des orientations stratégiques de l’entreprise. J’ai dit au départ qu’il n’y a pas d’entreprise sans ressources humaines. Il faut savoir encadrer ses ressources, c’est le rôle du directeur des ressources humaines. Il faut une stratégie pour le développement des ressources humaines et donc le DRH a sa place au sein de l’INAD-CI pour se former, voir ce qui se fait dans le monde, pour pouvoir se projeter dans l’avenir. Il doit veiller et contribuer à gérer de façon optimale les hommes. Il y va de la bonne marche de l’entreprise. Il n’y a pas d’entreprises sans ressources humaines. Mais il ne s’agit pas de n’importe quelles ressources humaines ! Il faut une ressource humaine bien encadrée, bien managée pour donner le meilleur d’elle-même. Les ressources humaines doivent absolument et résolument être dans la stratégie de l’entreprise. . La dimension ressources humaines est très importante. Pour moi, il n’y a pas d’entreprise sans ressource humaines. Et pour qu’une entreprise marche, il faut qu’au niveau des ressources humaines, il y ait un certain apaisement, une certaine sérénité.

Vous avez eu, tout au long de votre carrière, à manager des ressources humaines. Quelles ont été vos grandes joies et par moment vos peines à ce niveau ?

Je reviens encore à mon passage à la CNPS, et récemment j’étais en train de présenter à une très haute personnalité de ce pays ce qui fait ma fierté. Aujourd’hui, au niveau de la CNPS le Directeur Général Charles Denis Kouassi était un membre très proche de mon staff. Au niveau de la CGRAE, le Directeur Général Berté Abdrahamane Tiémoko était aussi de mon staff rapproché. Au niveau de la nouvelle Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) qu’on vient de mettre en place, le Directeur général Bamba Karim était de mon staff. Et c’est cela ma fierté. Quand je suis arrivée à la caisse, j’étais en première ligne. La première des choses que j’ai faite, c’est de faire confiance aux jeunes cadres. Et cela m’a valu le revers de la médaille. On m’a reproché d’avoir préféré les jeunes diplômés à ceux qui avaient, pour emprunter l’expression d’un journal, « blanchi sous le harnais ». Les gens n’avaient pas compris qu’à cette époque, la caisse était en déconfiture totale. Elle avait besoin d’être restructurée, il fallait des cadres valables. Moi j’arrivais du monde de la finance, je n’étais pas du monde de la sécurité sociale et tout de suite, j’ai fait confiance aux jeunes cadres. Aujourd’hui, plusieurs années après, les faits montrent que je ne me suis pas trompée sur le choix des hommes. Il y en a d’autres qui sont les proches collaborateurs de ceux dont je viens de vous parler et qui faisaient partie de mon staff. J’en connais plusieurs qui ont même quitté la caisse, qui sont allés dans d’autres entreprises et qui ont donné la pleine mesure de leur savoir-faire. Voilà ma satisfaction  ! Maintenant, les déceptions il y en a. Quand vous restructurez, il y a des décisions difficiles…Le personnel était pléthorique et il fallait le réduire. Je vous assure que cela m’a valu des nuits blanches de réflexions. Beaucoup de ces personnes étaient des chefs de famille, mais leurs places ne se justifiaient pas dans l’entreprise et les salaires plombaient les résultats de l’entreprise. La décision de se débarrasser d’une personne en tant qu’humain et femme est difficile à prendre. Les syndicats aussi ne m’ont pas rendu la vie facile, il y a eu beaucoup d’incompréhensions, mais c’était leur combat il fallait qu’ils le mènent.

Etes-vous  pour la discrimination positive des femmes vu votre parcours ? Est-ce que, finalement, une femme ne s’impose pas quand elle excelle dans son domaine ?

Malheureusement, quand une femme excelle, elle ne s’impose pas oujours. Vous savez, il y a ce qu’on appelle le ‘’plafond de verre’’. Arrivé à un certain moment, on estime qu’une femme, quand elle n’est pas mariée, elle ne peut pas être responsable. Dans le même temps, on dira que comme elle a des enfants et qu’elle est mariée, elle ne pourra pas se surpasser pour l'entreprise. Moi, je crois qu’aujourd’hui, compte tenu du poids millénaire de l’éducation, de la formation, de la culture même où la femme était reléguée dans les postes subalternes, on doit pousser un peu les femmes. Je suis pour une discrimination positive mais pas n’importe quelle discrimination. Il ne faut pas nommer à un poste une femme qui n’a pas les compétences. C'est-àdire qu’à compétence égale, si on peut donner un coup de pouce à la femme, il faut le faire. Je sais par expérience qu’à compétence égale avec un homme, une femme doit prouver plus qu’un homme pour obtenir un poste. Je suis pour la discrimination positive. En le disant, je choque certaines personnes, mais je pense qu’il y a une culture très ancienne qui a relégué la femme au second plan et cette culture n’est pas totalement effacée. Dans certaines entreprises, on voit que les femmes évoluent jusqu’à un certain niveau et après, on les fait plafonner.

Pour parler d’entreprenariat, on entend toujours parler d’adéquation formation-emploi. Admettons que tous ces jeunes soient bien formés et compétents, à la hauteur de l’attente des dirigeants que vous êtes. Y-a-t-il suffisamment d’entreprises pour les embaucher ?

C’est un vrai problème parce qu’aujourd’hui le marché de l’emploi est étriqué. C’est pour cela que moi je milite pour l’auto emploi. Tous ces jeunes gens qu’on forme, il faut leur faire comprendre qu’ils ne sont pas formés pour être des salariés de quelqu’un d’autre. Dans la formation, on doit leur inculquer cet esprit de gagneur, d’entrepreneur. Il n’y a pas mal de chose à faire dans notre pays et même dans la sous-région. Nos écoles de formation doivent mettre un accent sur l’entrepreneuriat. A côté, il faut que le système bancaire accompagne la création d’entreprises.

Vous êtes d’avis que le tissu des opérateurs économiques ivoiriens n’est pas très étoffé. Qu’est-ce que l’INAD-CI, qui compte des administrateurs chevronnés, compte faire dans ce sens ?

Je pense que toutes les formations que nous donnons peuvent permettre à ceux qui viennent se former d’avoir une certaine ouverture. Pour l’instant, nous sommes une institution naissante qui avance étape par étape. Nous travaillons dans un premier temps à rendre les administrateurs davantage performants, d’autres chantiers suivront.

Un mot sur l’entrepreneuriat féminin…

En Côte d’Ivoire, nous avons beaucoup de femmes entrepreneurs. Malheureusement, l’immense majorité est dans l’informel, dans des micro entreprises. Il faudrait que nous arrivions à les faire progresser, c’est un de nos objectifs à l’INAD-CI. C’est par la formation qu’elles pourront faire grandir leurs business. Mais, et c’est heureux, il y a de grandes femmes chef d’entreprises, dont Martine Studer, une femme discrète qui, depuis un certain nombre d’années est une dirigeante dynamique. Je pense à Massogbè Touré, Mariam Dao Gabala, Le Guennou-Remark… Voilà ! Il y a des femmes qui ont montré qu’elles sont des managers et entrepreneurs.

Les 10 et 11 avril, l’INAD-CI organise une importante manifestation…

 L’INAD-CI se propose en effet d’organiser une grande rencontre interafricaine au niveau des dirigeants d’entreprises et des administrateurs, l’université africaine des dirigeants sociaux. On fera venir des intervenants de renommée internationale. Cela pourrait être une occasion pour faire du ‘’B to B’’, de tisser des partenariats lors d’un partage d’expériences. Notons que nous avons déjà la caution d’institutions comme la Banque mondiale, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), l’IFA, l’IMA, etc qui nous accompagnent sur ce projet. Tous les décideurs sont donc attendus à cette importante rencontre.

 Votre mot de fin

 Je vous félicite d’avoir occupé ce segment-là dans l’environnement des médias. Je pense que vous êtes un bon vecteur pour faire passer tout ce qu’il y a de bien en matière de gestion des ressources humaines. Vous avez mes encouragements. 

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