02-01-2026
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3ᵉ rencontre bimensuelle du groupe de réflexion EXARC : Quand la sagesse des ancêtres éclaire la gestion moderne des conflits


Le samedi 13 décembre, à AMOA-CITY, à près de 115 kilomètres d’Abidjan, le Centre de recherche et de formation professionnel à la médiation, à l’arbitrage et à la négociation de l’UCAO-UUA (Cerfopman) a tenu la 3ᵉ rencontre bimensuelle du groupe de réflexion EXARC (Expérience africaine de la résolution des conflits). Une immersion rare, à la croisée de la tradition, du mystique et de l’ingénierie moderne de la paix sociale. À N’Douci, la diplomatie coutumière africaine s’est invitée au cœur des pratiques contemporaines de médiation et de management des Hommes.

Placée sous le thème « La diplomatie coutumière africaine : culture et mystique au service de la médiation », cette journée n’avait rien d’un simple colloque académique. Elle fut un voyage initiatique, une redécouverte assumée des ressorts africains de la résolution des conflits, et surtout une invitation adressée aux DRH, médiateurs, arbitres et négociateurs à puiser dans le génie endogène africain pour faire face aux tensions contemporaines en milieu professionnel et social.


Animée par le Pr Amoa Urbain, expert confirmé et reconnu en diplomatie coutumière africaine, la rencontre s’est articulée autour de deux temps forts. Le premier, théorique, a permis de poser les fondements conceptuels de la diplomatie coutumière : parole ritualisée, symboles, temporalité du conflit, sacralité du lien social, place des anciens et du collectif. Autant de leviers longtemps relégués au rang de folklore, mais qui s’imposent aujourd’hui comme de véritables outils de régulation durable. « En Afrique, le conflit n’est pas seulement un désaccord, c’est une rupture d’harmonie », a rappelé le Pr Amoa Urbain, soulignant que la médiation coutumière vise moins à trancher qu’à réconcilier, à réparer le lien, à restaurer la paix intérieure et collective.

La seconde phase de la rencontre a marqué les esprits. Les participants, composés de DRH, d’enseignants, de religieux, de juristes, de chefs de villages… ont été conduits sur un circuit traditionnel emblématique, minutieusement expliqué, où chaque espace, chaque symbole, chaque rite raconte une manière africaine de dire le monde, l’autorité, la paix et la justice.


Entre mystère et transmission, cette immersion a rappelé une évidence : la tradition africaine n’est pas figée, elle est vivante, opérante, et profondément pédagogique. Elle enseigne que le conflit n’est pas une faiblesse, mais une opportunité de réajustement, à condition de savoir l’accompagner.

DRH : et si la solution était déjà là ?

C’est sans doute là que cette rencontre a pris toute sa dimension stratégique. À l’heure où les directions des ressources humaines sont confrontées à des conflits complexes — tensions intergénérationnelles, chocs culturels, crises d’autorité, démotivation, ruptures de confiance — la diplomatie coutumière africaine offre des grilles de lecture et des pratiques adaptées aux réalités locales. Pour le DRH africain, il ne s’agit pas de renoncer aux outils modernes, mais de les enrichir par une intelligence culturelle profondément enracinée : écouter avant de décider, comprendre les non-dits, respecter les hiérarchies symboliques, intégrer la dimension communautaire du salarié africain. La diplomatie coutumière devient ainsi un outil de prévention des conflits, un levier de cohésion sociale en entreprise, et un vecteur de performance durable, parce qu’elle traite le conflit à la racine, là où se logent les blessures invisibles.


À N’Douci, EXARC et le Cerfopman ont réussi un pari audacieux : réconcilier le management moderne avec la sagesse ancestrale, et replacer l’expertise africaine au centre des solutions africaines. Cette 3ᵉ rencontre bimensuelle laisse une conviction forte : l’Afrique n’a pas seulement des problèmes à résoudre, elle a surtout des réponses à valoriser. Pour le DRH, le médiateur ou le négociateur africain, la diplomatie coutumière n’est plus une option marginale, mais une ressource stratégique majeure, au service de la paix sociale, de la performance humaine et de la dignité culturelle.