À Abidjan, la CPMN-CI lance « les
Cafés de la Médiation » et invite à repenser la manière de gérer les
différends fonciers.
Deux
associés. Dix années de collaboration. Un terrain objet de contestation.
Dix-huit mois de procédure judiciaire plus tard, le verdict tombe. Le litige
est juridiquement réglé, mais la relation est rompue, l’entreprise fragilisée
et les équipes affectées.
Cette
situation est loin d’être isolée. En Côte d’Ivoire, les conflits fonciers
figurent parmi les contentieux les plus fréquents devant les juridictions.
Derrière ces affaires se cachent souvent des successions mal réglées, des
promesses contestées ou des intérêts économiques divergents. Si la justice
demeure indispensable pour dire le droit, elle ne permet pas toujours de
restaurer le dialogue entre les parties.
C’est dans
ce contexte que la Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation
de Côte d’Ivoire (CPMN-CI) a lancé les « Cafés de la Médiation », un espace
d’échanges consacré à la promotion de la médiation professionnelle. La première
édition s’est tenue le 7 juin 2026 au Centre International pour la Médiation et
l’Excellence Félix Houphouët-Boigny (CIMED-FHB), à Abidjan.
Le
foncier, au-delà de la question juridique
Pour les
spécialistes de la médiation, le conflit foncier ne se résume pas à un
différend sur la propriété d’un terrain. Il mobilise également des dimensions
relationnelles, psychologiques, sociales et parfois identitaires.
Lors de
cette rencontre, Maître Yannick Daugaux Kouassi, Président de la CPMN-CI et
Directeur du CIMED-FHB, a rappelé que ces différends sont souvent le révélateur
de tensions plus profondes que les procédures contentieuses peinent à traiter
durablement.
Cette
réalité concerne également les entreprises. Les conflits fonciers affectent
régulièrement des collaborateurs, avec des conséquences sur leur sérénité, leur
engagement et parfois leur performance au travail.
La
médiation professionnelle : une démarche structurée
Contrairement aux idées reçues, la médiation
professionnelle est une discipline à part entière. Le médiateur n’est ni juge,
ni arbitre. Il accompagne les parties afin qu’elles renouent le dialogue et
construisent elles-mêmes une solution acceptable pour chacune d’elles.
Cette
approche repose sur des compétences spécifiques : conduite du dialogue, gestion
des émotions, écoute active et techniques de négociation.
Son
principal atout réside dans l’adhésion des parties à la solution retenue.
Lorsqu’un accord est construit ensemble, il a davantage de chances d’être
durable et respecté dans le temps.
Une profession en construction
La création de la CPMN-CI et les activités du CIMED-FHB
traduisent la volonté de structurer durablement la médiation professionnelle en
Côte d’Ivoire.
Former des
médiateurs qualifiés, promouvoir des standards déontologiques et sensibiliser
les acteurs économiques constituent les principaux défis de cette démarche.
Le choix du
thème inaugural des Cafés de la Médiation n’est d’ailleurs pas anodin. Dans le
Grand Abidjan, où la pression foncière s’intensifie sous l’effet de
l’urbanisation et des investissements, les conflits liés à la terre
représentent un enjeu majeur pour le développement économique et la cohésion
sociale.
Un enjeu pour
les organisations
Au-delà du foncier, les
enseignements de cette rencontre concernent l’ensemble des organisations.
Pour les dirigeants, Gestionnaires RH et managers, la
médiation professionnelle apparaît aujourd’hui comme un outil efficace de
prévention et de gestion des conflits. Qu’il s’agisse de tensions entre
collaborateurs, de différends entre associés ou de litiges avec des
partenaires, elle permet de préserver les relations tout en recherchant des
solutions durables.
À travers les Cafés de la Médiation, la CPMN-CI ouvre
ainsi un débat essentiel : comment résoudre les différends sans détruire les
relations humaines qui fondent la confiance, la cohésion sociale et la
performance économique ?
Une interrogation qui mérite aujourd’hui toute
l’attention des acteurs du développement en Côte d’Ivoire.