19-06-2026
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Avant le tribunal, il y a l’humain La médiation professionnelle, une réponse stratégique aux conflits fonciers en Côte d’Ivoire

À Abidjan, la CPMN-CI lance « les Cafés de la Médiation » et invite à repenser la manière de gérer les différends fonciers.

Deux associés. Dix années de collaboration. Un terrain objet de contestation. Dix-huit mois de procédure judiciaire plus tard, le verdict tombe. Le litige est juridiquement réglé, mais la relation est rompue, l’entreprise fragilisée et les équipes affectées.

Cette situation est loin d’être isolée. En Côte d’Ivoire, les conflits fonciers figurent parmi les contentieux les plus fréquents devant les juridictions. Derrière ces affaires se cachent souvent des successions mal réglées, des promesses contestées ou des intérêts économiques divergents. Si la justice demeure indispensable pour dire le droit, elle ne permet pas toujours de restaurer le dialogue entre les parties.

C’est dans ce contexte que la Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation de Côte d’Ivoire (CPMN-CI) a lancé les « Cafés de la Médiation », un espace d’échanges consacré à la promotion de la médiation professionnelle. La première édition s’est tenue le 7 juin 2026 au Centre International pour la Médiation et l’Excellence Félix Houphouët-Boigny (CIMED-FHB), à Abidjan.

Le foncier, au-delà de la question juridique

Pour les spécialistes de la médiation, le conflit foncier ne se résume pas à un différend sur la propriété d’un terrain. Il mobilise également des dimensions relationnelles, psychologiques, sociales et parfois identitaires.

Lors de cette rencontre, Maître Yannick Daugaux Kouassi, Président de la CPMN-CI et Directeur du CIMED-FHB, a rappelé que ces différends sont souvent le révélateur de tensions plus profondes que les procédures contentieuses peinent à traiter durablement.

Cette réalité concerne également les entreprises. Les conflits fonciers affectent régulièrement des collaborateurs, avec des conséquences sur leur sérénité, leur engagement et parfois leur performance au travail.

La médiation professionnelle : une démarche structurée

Contrairement aux idées reçues, la médiation professionnelle est une discipline à part entière. Le médiateur n’est ni juge, ni arbitre. Il accompagne les parties afin qu’elles renouent le dialogue et construisent elles-mêmes une solution acceptable pour chacune d’elles.

Cette approche repose sur des compétences spécifiques : conduite du dialogue, gestion des émotions, écoute active et techniques de négociation.

Son principal atout réside dans l’adhésion des parties à la solution retenue. Lorsqu’un accord est construit ensemble, il a davantage de chances d’être durable et respecté dans le temps.


Une profession en construction

La création de la CPMN-CI et les activités du CIMED-FHB traduisent la volonté de structurer durablement la médiation professionnelle en Côte d’Ivoire.

Former des médiateurs qualifiés, promouvoir des standards déontologiques et sensibiliser les acteurs économiques constituent les principaux défis de cette démarche.

Le choix du thème inaugural des Cafés de la Médiation n’est d’ailleurs pas anodin. Dans le Grand Abidjan, où la pression foncière s’intensifie sous l’effet de l’urbanisation et des investissements, les conflits liés à la terre représentent un enjeu majeur pour le développement économique et la cohésion sociale.

Un enjeu pour les organisations

Au-delà du foncier, les enseignements de cette rencontre concernent l’ensemble des organisations.

Pour les dirigeants, Gestionnaires RH et managers, la médiation professionnelle apparaît aujourd’hui comme un outil efficace de prévention et de gestion des conflits. Qu’il s’agisse de tensions entre collaborateurs, de différends entre associés ou de litiges avec des partenaires, elle permet de préserver les relations tout en recherchant des solutions durables.

À travers les Cafés de la Médiation, la CPMN-CI ouvre ainsi un débat essentiel : comment résoudre les différends sans détruire les relations humaines qui fondent la confiance, la cohésion sociale et la performance économique ?

Une interrogation qui mérite aujourd’hui toute l’attention des acteurs du développement en Côte d’Ivoire.