Mercredi 15 juillet, à la
salle des Congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, la deuxième édition du Forum
international des métiers et des compétences n’a pas seulement réuni des décideurs
publics, des partenaires techniques et des acteurs de la formation. Elle a
surtout installé une idée forte dans le débat ivoirien : la transformation
économique du pays passera moins par les slogans que par la qualité de son
capital humain. Sous la présidence du Premier ministre Robert Beugré Mambé et
le parrainage du ministre Adama Kamara, le FIMEC 2026 a rappelé, avec clarté,
qu’il n’y a pas d’emploi solide sans compétences solides.
Pendant quelques heures, à
Abidjan, la formation professionnelle est sortie de la place étroite où on la
cantonne trop souvent. Elle n’a plus été présentée comme une voie de secours ou
un simple correctif social, mais comme un instrument de puissance économique.
Le thème de cette deuxième édition — « Compétences, emploi et transformation
économique en Afrique : le rôle stratégique de la formation professionnelle » —
donnait le ton. Dans les discours comme dans l’esprit du forum, une même
conviction s’est imposée : dans un monde bousculé par le numérique,
l’intelligence artificielle, la robotique et les transitions technologiques,
les pays qui avanceront seront ceux qui auront su former juste, former vite et
former utile.
Former n’est plus un
supplément, c’est une stratégie
Robert Beugré Mambé a donné à
cette ambition sa dimension politique. En inscrivant le développement des
compétences dans la perspective du Plan national de développement 2026-2030, le
Premier ministre a rappelé l’objectif de plus de 3 millions d’emplois à
l’horizon 2030. Mais au-delà du chiffre, c’est surtout un changement de
doctrine qui se dessine. Le développement des compétences n’est plus seulement
un sujet d’éducation ou d’insertion ; il devient un levier de compétitivité
nationale. Un pays peut multiplier les projets et afficher des ambitions
industrielles ; sans techniciens qualifiés, sans main-d’œuvre adaptable, sans
profils formés aux métiers émergents, la promesse reste inachevée.
Adama Kamara, lui, a trouvé la
formule qui résume l’esprit de cette édition : « les compétences sont les
nouvelles infrastructures du développement de demain ». La phrase frappe juste
parce qu’elle déplace le regard. Longtemps, le développement s’est raconté à
travers ce qui se voit : routes, ponts, zones industrielles, grands chantiers.
Le ministre rappelle qu’il existe une autre infrastructure, moins visible mais
plus décisive : celle qui relie les citoyens aux opportunités, les entreprises
aux talents et l’économie à sa capacité de durer. À cet instant, la formation
professionnelle cesse d’apparaître comme un simple outil d’accompagnement ;
elle devient une condition de la souveraineté économique.
Le FIMEC 2026 a d’ailleurs
touché juste en défendant une autre manière de penser l’employabilité. Former
ne suffit plus. Il faut former au plus près des besoins réels, des secteurs
porteurs et des métiers qui changent. En filigrane, un message a été adressé à
tous. À la jeunesse, d’abord : la formation professionnelle n’est pas une voie
par défaut, mais une voie d’expertise, de technicité et de dignité. Aux
entreprises, ensuite : elles ne peuvent plus attendre passivement des profils
prêts à l’emploi ; elles doivent participer à leur fabrication.
La première richesse du pays,
c’est sa matière grise
L’intervention de Karitia
Coulibaly de Medéiros, directrice générale de l’AGEFOP, a donné au forum sa
densité la plus concrète. En parlant des compétences comme des «
infrastructures invisibles » des pays, elle a remis au centre une vérité
souvent négligée : ce qui soutient durablement une économie ne se résume pas à
ce qu’elle bâtit, mais tient aussi à ce qu’elle transmet, structure et
professionnalise. Pour un média comme RH Mag, c’est là le cœur du sujet. La
valorisation du capital humain ne relève pas d’un discours d’intention ; elle
se mesure à la qualité des parcours, à l’ingénierie de formation et à la
capacité de faire coïncider les besoins des entreprises avec les talents
disponibles.
Le mérite du discours de
l’AGEFOP est de ne pas être resté suspendu aux principes. Avec le programme
PEJEDEC, l’agence a mis en avant un taux d’insertion professionnelle de 65 %.
Le chiffre, à lui seul, raconte beaucoup. Il dit qu’une formation pensée à partir
des réalités économiques peut produire des effets concrets : de l’emploi, des
revenus, des trajectoires plus stables. Dans un pays où l’adéquation entre la
formation et le marché du travail reste un enjeu majeur, cette donnée renforce
le plaidoyer. Elle rappelle aussi qu’investir dans les compétences n’est ni un
luxe théorique ni un supplément de modernité : c’est une décision de rendement
économique et de cohésion sociale.
Au fond, le FIMEC 2026 aura
surtout servi à réhabiliter une évidence : la richesse d’un pays ne se lit pas
seulement dans ses infrastructures, ses statistiques de croissance ou ses
grands chantiers. Elle se lit aussi dans la qualité de ses femmes et de ses
hommes, dans leur capacité à apprendre, à produire, à innover et à s’adapter. Lors
de ce rendez-vous, il n’a donc pas seulement été question de métiers et de
compétences. Il a été question d’un choix de société : regarder enfin la
jeunesse ivoirienne non comme une pression à absorber, mais comme une puissance
à construire.