23-01-2026
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Gouvernance des conflits : ce que la médiation coutumière africaine enseigne aux DRH modernes

Quand la sagesse ancestrale inspire de nouvelles pratiques de gestion du capital humain

Dans un contexte organisationnel marqué par la montée des tensions sociales, la complexité des relations de travail et la quête de paix durable en entreprise, la Direction des Ressources Humaines est plus que jamais interpellée sur ses modes de régulation des conflits. Et si les réponses les plus pertinentes se trouvaient aussi dans les traditions africaines de médiation, fondées sur le dialogue, la légitimité morale et la restauration du lien social ?

Dans les sociétés africaines traditionnelles, « le conflit n’a jamais été considéré comme un dysfonctionnement à éradiquer, mais comme une expression normale de la vie communautaire. Il est perçu comme un moment de déséquilibre appelant à une régulation collective », dixit le Professeur Amoa Urbain dans son sanctuaire sacré, Amoa-City à N’Douci (115 Km d’Abidjan) lors d’une rencontre avec une délégation du Centre de recherche et de formation professionnel à la médiation, à l’arbitrage et à la négociation de l’UCAO-UUA (Cerfopman). Cette vision contraste avec certaines pratiques organisationnelles modernes où le conflit est souvent traité sous l’angle exclusif de la faute, de la sanction ou du contentieux. Pour les DRH, cette approche invite à un changement de paradigme : gérer le conflit non pour désigner un coupable, mais pour restaurer l’harmonie sociale, préserver la cohésion des équipes et maintenir la performance collective.

Le médiateur coutumier est avant tout une autorité fondée sur la confiance. Au cœur des mécanismes traditionnels africains de résolution des conflits se trouve la figure du sage, du chef ou du notable, dont l’autorité ne repose ni sur la contrainte ni sur un texte réglementaire, mais sur la légitimité morale, l’expérience et la reconnaissance sociale. Et quand la parole apparaît comme un outil de réparation, tout paraît plus clair : « Dans les traditions africaines, la parole occupe une place centrale dans la médiation. Les séances de palabres permettent à chaque partie de s’exprimer librement, dans un cadre codifié, respectueux et inclusif. La parole ne sert pas à vaincre l’autre, mais à reconnaître le tort, apaiser les ressentiments et reconstruire la relation », fais savoir le Professeur Amoa Urbain.


Cette double posture, une autorité fondée sur la confiance et la parole comme outil de réparation, résonne fortement avec les attentes actuelles vis-à-vis du DRH moderne : neutralité, capacité d’écoute, crédibilité éthique, aptitude à instaurer un climat de confiance. À l’instar du médiateur coutumier, « le DRH n’est pas seulement un gestionnaire de procédures, mais un régulateur social, garant de l’équilibre humain au sein de l’organisation. Transposée en entreprise, cette logique plaide avant tout pour des espaces de dialogue sécurisés, des dispositifs de médiation internes et une culture managériale valorisant l’écoute active plutôt que la confrontation hiérarchique », suggère Yao Ohounou, DRH de Foxtrot International et par ailleurs Président de l’association des GRH médiateurs de Côte d’Ivoire (GRHMCI).

L’un des apports majeurs de la médiation coutumière africaine réside dans sa finalité : la restauration du lien social. La sanction n’est jamais une fin en soi. L’objectif est de réintégrer l’individu dans la communauté, préserver la dignité de chacun et éviter la reproduction du conflit. Pour les organisations, « cette approche ouvre la voie à des pratiques RH plus humaines : justice réparatrice, médiation sociale, accompagnement post-conflit, réengagement des collaborateurs. Autant de leviers qui contribuent durablement à la paix sociale et à la performance », continue le Président de  GRHMCI.

À l’heure où les entreprises africaines et internationales cherchent des modèles de gouvernance plus inclusifs et durables, la médiation coutumière africaine apparaît comme une source d’inspiration stratégique pour la fonction RH. Intégrer ces enseignements, ce n’est pas renoncer à la modernité, mais réconcilier innovation managériale et intelligence culturelle, au service d’un capital humain apaisé, engagé et performant.

En revisitant les mécanismes traditionnels africains de médiation, les DRH disposent d’un levier puissant pour repenser la gouvernance des conflits. Une gouvernance fondée sur la parole, la légitimité morale et la restauration du lien, capable de répondre aux défis sociaux contemporains tout en valorisant les racines culturelles africaines.